LA PEINTURE AUX SALONS QUELLE considération générale allons-nous pouvoir exprimer sur le Salon de 1905? Car une tradition respectée veut que les pauvres salonniers trouvent chaque prin-temps, une de ces considération-là pour bâtir leur article. Dirons-nous — motif connu’ — que la peinture s’enlize de plus en plus dans le noir ? On le pourrait, car les John Lavery sont tout enténébrés, Jean-Paul Laurens est plus sinistre que ja-mais, Déchenaud montre un faible pour la formule bitumineuse de jadis, les Cousines de Zuloaga furent peintes dans un atelier sombre et plaquées sur un ciel d’ardoise ; les intérieurs de Milcendeau ne sont guère lumi-neux, les crépus-cules de Cottet n’ont certes pas une couleur gaie, et les bataillons pressés des An-glo – Américains, qui « whistle-risent » à qui mieux mieux, semblent n’avoir retenu, de leur maitre à tous, que les harmo-nies les plus étouffées, les plus sourdes, les plus grises. Mais on peut tout aussi bien filer le couplet de la peinture claire. Jamais Henri Martin, Claus, Sorolla, n’ont lancé plus écla-tantes fanfares; le plafond de Besnard est ful-gurant, Roll exalte les joies de la lumière, Le Sidaner se prend à aimer le soleil, Montenard et Gagliardini — hélas ! — ne manquent pas d’élèves ; les magnifiques académies de Dufau ne sont plus baignées de clarté, elles en sont pétries ; et il se trouve que cette année les portraits ou scènes de la vie moderne les plus intéressants, tout au moins du côté des Artistes Français, sont en majorité des peintures blanches, des symphonies en blanc et gris, blanc et vert, blanc et rose. Instaurerons-nous une fois de plus le vain et sempiternel parallèle entre la Société qui se glorifie de MM. Carolus Duran, E. MET 225 Le Printemps des Cœurs (5.05,5 Nationale (Photographie Ro.) 19
Recent Comments