L’ART DÉCORATIF Pendant formées en peupliers et prête à certaines pierres des vertus particulières. En France, chaque règne inaugure un bijou nouveau, correspondant à l’esprit du siècle. Tandis que la Marguerite des Mar-guerites compose les cent nouvelles nou-velles, Cellini importe à Paris ses parures finement découpées dans l’or ou l’argent, incrustées d’émail, garnies de grenaille de perles. Précieux pendentifs se détachant à merveille sur le linge de la gorgerette ou le velouté de la peau, ferronnières entour-nant les bandeaux soigneusement lissés. Puis avec le XVIII°, où triomphent les Piron, les Collé, les Favart, apparaît l’or-nement filigrané si délicat qu’on n’y pouvait toucher qu’avec les yeux, et qui attira cette saillie de Fontenelle: a Pour moi, je n’aime pas ce qu’il faut tant respecter ”. Pendant la Révolution, aux bals des Victimes, on portait les pierres de la Bastille en couronnes, ou la breloque à guillotine; la parure semble éclore sous la pluie de sang, répondant jour par jour à la fièvre des imaginations. Que faudra-t-il à nos nerfs surexcités, avides de merveilleux et d’impressions «non encore éprouvées n, en quête d’harmonies hardies ou de sensations morbides, exigeant la beauté, la grâce et la mélancolie. Le style de l’hôtel du Cours-la-Reine répond exactement aux aspirations du mu-aient, par l’architecture, par le mobilier et surtout par les richesses qu’il renferme, ri-chesses enfantées par M. Lalique. Il vient à nous, du reste, l’artiste créateur auquel semblent s’adapter ces vers d’Hugo : Ne dis pas Mon art n’est rien,» Sors de la route tracée, Ouvrier magicien, Et mêle à l’or la pensée. Nous sommes frères, la fleur Par deux arts peut être faite Le poète est ciseleur, Le ciseleur est poète ; 222