tyrannique celle-ci exer-çait au moyen âge sur l’art tout entier et quelle forte unité elle lui imposait, fournissant non seulement leurs motifs d’ornemen-tation aux enluminures ou aux bijoux, aux ivoires sculptés ou aux ferronne-ries, mais leur structure d’ensemble méme aux meubles, depuis la véné-rable chaire de Saint-Pierre e de la basilique vaticane, avec les arcades et le fronton triangulaire de son dossier, jusqu’.1 l’armoire de la cathédso de Noyon, qui a un véi table toit d’église à nef et à transept, ou tel dressoir du XVa siècle dont le dais rampant est une demi-voûte à croisées d’ogives et à nervures. L’art des huchiers suit pas à pas dans son évolution celui des bâtisseurs d’églises ; et quand vient la Renaissance, les « architecteurs menuisiers,, titre qui reparaît si souvent L’ART DÉCORATIF G. SERRURIER Mobilier de chambre à coucher done les comptes de l’époque, remplacent, dans leurs cabinets à l’antique, les ar-catures ogivales à meneaux et roses flam-boyantes, les galeries à jour, les gâbles, pinacles et clochetons, par des colonnettes de l’ordre de Corinthe, des pilastres canne-lés, des niches à statuettes, des cariatides, des frontons interrompus et des corniches classiques où rien ne manque, denticules ni modillons, larmier ni cimaise. Delorme, Bullant, Lescot, Ducerceau à Pa; is, Sambin à Dijon, Bachelier à Toulouse, ne trouvèrent point qu’il fût indigne d’eux de composer des armoires et des tables : pendant tout le XVI. siècle, on ne fait guère que des meubles d’architecte, au sens le plus étroit du mot. Lorsque, après l’éclipse de notre fabri-cation nationale, et une fois passé l’engoue-ment général pour les Italiens, se constitue l’admirable style Louis XIV, la mode n’est plus d’employer tels quels dans l’ébénisterie les motifs de l’architecture classique ; mais qui pourrait dénier aux meubles de Boule, par exemple, à leurs grandes lignes calmes, à leurs proportions si justes et si nobles, à leurs masses si bien équilibrées, à leur ap-propriation si parfaite au décor qui les en-tourait, un caractère hautement architec-tural, ou monumental si l’on veut ? 192