L’ART DÉCORATIF renouvelés ni élargis : aucun de leurs élèves ne pouvait tenir, en peinture, la place que devaient occuper en architecture et en sculpture, malgré les Italiens, un Philibert Delorme, un Pierre Lescot, un Ducerceau, un Chambige, un Jean Goujon ou un Ger-main Pilon. On ne parlera ni de la sculpture, ni des tapisseries. Il a été dit à quelle perfection étaient arrivés les statuaires du moyen âge ; d’autre part, les travaux des ateliers français de tapisserie sont universellement admirés. Il sera, par contre, permis d’insister sur les manuscrits à miniatures. Quoique certains d’entre eux fussent justement cé-lèbres, cette exposition d’ensemble apparut comme une révélation. On était générale-ment enclin à ne voir dans la décoration des manuscrits qu’un labeur d’artisans pré-cieux et patients. On ignorait que là étaient de grandes pages de l’art le plus haut ; que ces pages n’étaient pas une exception, mais qu’il était tels recueils, comme le Psautier du duc de Berry, comme les Heures de Chantilly, qui avaient été la source d’inspi-ration où venaient puiser les peintres, les décorateurs, les tapissiers. Par la force des choses, ces manuscrits étaient ou enfouis en des rayons poudreux de quelque biblio-thèque ou, ce qui est pire, ouverts à une page toujours la même par un bibliothé-caire dont le choix n’était guidé que par un goût particulier, souvent contestable. Dans l’illustration des manuscrits, l’art français apparait toujours délicat et ingé-nieux et souvent plein d’audace. Les tons sont assemblés avec un goût extrême; il y a harmonie, jamais heurt. Bref, un érudit, M. Émile Mâle, a pu, par les dates, prou-ver que telle particularité d’ordonnance et de groupement qui nous séduit dans Gentile da Fabriano et dans l’admirable Vittore Pizano se trouve être d’invention française et empruntée aux Heures du duc de Berry conservées à Chantilly. Au XIII. siècle, la parenté entre l’art du miniaturiste et celui du verrier est étroite. Ici, comme là, on a souci d’arabesques et de belles couleurs. Les miniaturistes apprennent aux verriers à grouper les sujets, à les relier par des in-ventions, fleurs, oiseaux, d’un charme infini. Les verriers, aidés par la collaboration de la lumière, initient les miniaturistes à la splendeur des couleurs, aux secrets de leurs vibrations. La Bible moralisée est le plus par-fait exemple de ce que nous avançons. Mais les figures ont des attitudes et des expressions traditionnistes qui se perpétuent dans les Grandes Chroniques de France, offertes par Primat, moine de Saint-Denis, à Philippe le Hardi, et s’affaiblissent pour le bien de l’art dans le Bréviaire de Paris (1297), où se constate une tendance marquée au réalisme. L’art évolue vers une liberté plus grande: liberté décorative, liberté d’observation. C’est le Livre de Dina et Cailla, le Bréviaire de Belleville auquel travaillèrent Jean Pucelle, Ancelet de Cens et Jaquet Macé, trois maî-tres miniaturistes dont les noms, celui de Jean Pucelle surtout, bénéficièrent d’une notoriété qui se perpétua bien après qu’ils furent disparus. Avec les Décades de Tite-Live, qui ap-partinrent à Charles V et au duc de Glo-cester, nouvelle transformation. Le minia-turiste exécute dès lors de petits tableaux qui, s’ils s’harmonisent toujours avec l’as-pect général de la page qu’ils doivent orner, acquièrent du fait de la composition pitto-resque et de la couleur un intérêt propre. C’est là que viennent puiser les peintres et les dessinateurs de cartons de tapisserie. Les belles tapisseries de l’Apocalypse, con-servées à Angers, n’ont-elles pas leur proto-type dans les figures du Psautier enluminé par Henri Beauneveu pour Jean duc de Berri? Mais, avant d’arriver aux collections de ce Jean, que de merveilles restent à admirer. Par exemple, la Bible historiale qui fit par-tie de la Librairie du Louvre, et ces Voyages de Jean de Mandeville et la Cité de Dieu, de Raoul de Presles, et la Traduction de Boc-cace, où l’histoire de Pamphile est si gra-cieusement figurée; et encore cette Cité des Dames, de r Pisan la Christine», où se ren-contrent des figures d’une distinction exquise. Attention ! Voici la a Librairie» du duc de Berry. Outre le Psautier décoré par Beauneveu, il y a là les Grandes Heures du duc Jean, où Jacquemart de Hesdin dessina des figures revêtues de draperies aux plis savants, les Très belles Heures, du même duc, où se voient la Vierge et l’Enfant Jésus entourés des vierges sages, le Missel et Pontifical d’Étienne de Loypeau, dont le dessin ne le cède en rien aux Heures ducales. Puis viennent les Heures du maréchal 74