LOUIS BRAQUAVAL Von, un artiste qui ne se prodigue pas. Tout au plus, voit-on chaque année quelques toiles de lui au Salon de la Société Nationale. Il y a déjà assez longtemps, il groupa quelques œuvres chez Hes-sèle ; il recommence maintenant chez Durand-Ruel, et c’est tout. Il ne figure à aucun Cercle, à aucun Salonnet d’au-tomne, d’hiver ou de printemps. Il produit peu, travaille lentement, attend pour laisser sortir une oeuvre qu’il en ait éprouvé lui-méme la qualité, c’est-à-dire qu’il en ait détaché ses yeux et sa main pour quelque temps, qu’il l’ait laissé reposer, comme un vin qui doit se dépouiller et s’affiner de lui-môme. Le souci de la matière occupe en effet M. Louis Braquaval, et il ne peut en être autrement si l’on veut assurer à sa production une valeur durable. Or, la peinture se modifie ; le pigment étendu sous le vernis et qui s’assimile avec lui s’écarte avec le temps de la valeur primitive que lui a donnée l’ar-tiste. D’autres altérations et combinai-sons proviennent de l’effet des couleurs mélangées ou superposées. Quand un tableau est peint, on peut dire qu’il n’est pas terminé, mais qu’il commence; toute une vie chimique se détermine à travers sa substance, qui peut le con-duire soit à la désorganisation complète des parties, soit au contraire à une sorte d’harmonisation indissoluble et de cohésion plus grande, à une sorte de pétrification de l’oeuvre magnifiée. Bien des oeuvres des maîtres anciens n’ont ainsi reçu leur parfait accomplis-sement qu’avec le temps, et les noms seraient trop aisés à citer. En faut-il conclure que la beauté de l’oeuvre doit être en partie attribuée à un bonheur fortuit, et que le mérite de l’artiste en déchoit tut Dessin 16 FIND ART DOC