L’ART DÉCORATIF’ clamation ou Le Combat, ou de pages d’une douleur profondément humaine et concen-trée, comme La Mort cheç une famille de marins, une fantaisie ironique se fait jour, ainsi que dans la gravure intitulée La Mort balaie les vices, avec le mouvement preste de la Camarde. En dehors des planches du Triomphe de la Mort, Legros a encore donné de ces pages discussions d’école, à aller droit à la sincé-rité et à la force, et à juger pour ainsi dire avec les yeux de la postérité. Comme il fut intransigeant dans sa vie, son art est aussi sans concession. C’est un artiste complet et un, dont la vie et l’o=uvre peuvent être également proposées en exemple et ne sauraient être séparées l’une de l’autre. Pour ma part, je considère comme un Le Triomphe de la Mort. — La Mort au Pays des Mines d’un grand caractère tragique, sans apprêt et sans emphase, que sont Mort du Vagabond; La Mort et le Bûcheron, reprise en quatre eaux-fortes différentes ; La Mort et le Philo-sophe, — et cette vision capricieuse, traitée en lithographie : L’Orchestre de la Mort. Ce mélange d’humour et de gravité se retrouve dans tout le caractère de l’artiste et fait le charme inappréciable de sa société et de sa conversation. Les anecdotes, les saillies charmantes abondent chez cet homme qui a gardé une vivacité d’esprit toute juvé-nile; puis tout aussitôt le visage se dresse, l’oeil prend une fierté sérieuse, des aperçus puissants jaillissent, venus de ce cerveau, qui a vécu dans une étroite intimité avec les maîtres. On apprend auprès de lui à ne plus estimer les oeuvres que pour leurs qua-lités durables, à se détacher des passagères 90 privilège de l’avoir connu et d’avoir pu pro-fiter de ses entretiens et de l’enseignement qui en ressort. On ne peut l’approcher dans l’intimité sans qu’à la grande vénération que l’artiste nous impose se joigne une inalté-rable affection. Aussi sommes-nous un certain nombre en France qui voudrait voir non seulement plus répandus chez nous les bienfaits de cette grande oeuvre, profondément attachée à notre sol, qui tire ses scènes et ses types des vieilles provinces françaises; mais nous souhaiterions encore qu’aux yeux du public une consécration officielle vînt couronner cette carrière d’artiste, dont notre art s’hono-rera comme de celle d’un Millet, et accordât la réparation que la France doit sans doute à celui qu’elle n’a pas su conserver chez elle. GUSTAVE SOULIER.
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