ERNEST BIÉLER Dans les Feuilles mortes, ces jeunes femmes surgissent tout naturellement de la forêt dont elles incarnent l’âme, sans que s’impose la préoccupation du sujet ainsi que dans beaucoup de toiles du maître de Bâle. Si nous ajoutons à ces oeuvres les Sa-viésanes du Musée Arlaud de Lausanne, les Caprices du musée de Neufchâtel, peints à l’oeuf sur plâtre, les plafonds du Victoria hall de Genève et du nouveau théâtre de Berne et un carton de vitrail pour le palais fédéral de Berne, nous aurons cité quelques-unes de ses décorations les plus récentes. Mais il faut surtout considérer ces morceaux comme des étapes vers le style dé-finitif de Biéler. « Tout cela, m’écrivait-il, n’a aucun rapport avec l’art rustique et saviésan que je suis venu chercher ici….. » et plus loin, me parlant de Savièse : « J’y suis venu pour trouver une direction plus simple et locale ), Précieuses paroles dont il faut savoir gré au peintre et qui sont le point de départ de son évolution nouvelle. Il a compris avec raison qu’il importe peu à un artiste de connaître tout ce qu’il sait, mais que les peintres suisses ne seront vraiment eux qu’en s’identifiant avec la vie rustique de la montagne et des cam-pagnes, en retrouvant le caractère spécial de leurs cantons. Qu’ils viennent, comme ils ne le font que trop, à Paris, à Munich, à Rome, ils demeureront des ar-tistes charmants sans doute , mais encore, pour employer l’expres-sion si vraie de Maurice Barrès, des déracinés, et ils perdront la saveur par laquelle ils nous sont le plus chers. Si on étudie l’his-toire de la Suisse ro-mande depuis les temps les plus reculés, on verra que si celle-ci a souvent subi l’in-fluence française, elle a maintes fois aussi fait preuve de qualités qui diffèrent essentiellement de celles qui distinguent l’âme française. Pour nous en convaincre, et pour ne pas sortir de notre domaine, celui de l’art, parcourons ces mu-sées de Suisse, et plus particulièrement celui de Berne, où l’on trouvera dans les meubles, les étoffes, les objets usuels des siècles passés, les caractéristiques si nettes de cet art clair et rustique vers lequel s’efforce M. Biéler. L’heure, il le sait, est solennelle dans son évolution. Qu’il écoute donc le secret de simplicité que si éloquemment lui content en leurs oeuvres les vieux , maîtres de jadis, qu’il reste attentif à toutes les nécessités pratiques comme à toutes les exigences décoratives de son temps, que surtout il vive loin des influences étrangères. Là, sur la terre mêmè de ses ancêtres, devant leurs horizons fami-liers, au milieu des hommes de sa race et de son sang, l’artiste accomplira sa destinée logique. HENRI FRANTZ.
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