L’ART DÉCORATIF possédant une imagination généreuse et puis-sante, excellant à fixer avec une rare fidélité les spectacles de la vie, ne s’enfermant pas dans une formule, mais jetant tour à tour sa pensée dans les moules divers de la peinture décorative, du tableau de chevalet et de l’objet usuel : meuble, étoffe, céramique. Sur la paroi sombre d’une cabane de bois qui s’arrête vers la gauche du tableau pour laisser une échappée lumineuse vers les prairies qui montent dans l’azur clair, quatre vieux sont debout, des cierges dans leurs mains malhabiles, habituées aux dures besognes. Ils ont l’âpre simplicité qu’un Les Vieux à l’Enterrement La grande variété de facture et d’inspiration de M. Biéler, en tant que peintre, n’est pas sans étonner. Voici un artiste qui va tour à tour de la réalité à l’idéal. Le peintre de la vérité apparaît sous son jour le plus parfait dans une toile exposée en 1901 à Vevey : Les Vieux à l’enterrement de Savièse, oeuvre où la vigueur du peintre va presque jusqu’à la brutalité. Sa largeur de touche, ses empâtements de coloris, son accentua-tion des contrastes disent bien son mépris pour les subtilités de la palette et les déli-cates préparations du coloris. Et si son métier est ici empreint d’une certaine dureté, du moins le peintre observe-t-il avec autant de sincérité que de pénétration, et laisse-t-il deviner la saine qualité de son émotion. 44 Milcendeau par exemple sait donner à ses paysans. L’artiste a parfaitement exprimé l’attitude recueillie de ces visages, et les effets de la douleur sur chacun d’eux. Tout cet ensemble est d’une émotion vraie et sen-tie; ce n’est pas une de ces oeuvres d’atelier comme on en voit tant, mais une toile exé-cutée directement en face de la nature. Dans cet effort de réalisme, M. Biéler se montre dans une certaine mesure appa-renté à Courbet. Quoique le Journal de Genève m’ait reproché, à propos d’une pla-quette que je publiai sur les Peintres suisses contemporains’, d’avoir trouvé entre ces deux 1 F. Rouge, éditeur, Lausanne, et Biblio-thèque de la Critique, Paris.
Recent Comments