Dessins espacer de vastes surfaces d’étoffes aux inflexions décoratives. Ainsi la célèbre pointe-sèche où s’incline une visiteuse du Louvre vers des cadres de dessins de Wat-teau présente, de dos, la fine jupe évasée dont tout pli se concentre à la taille par de subtiles obliques : et de là repartent, autres obliques d’une direction opposée, les nervures du corsage jusqu’à l’évase-ment des épaules que couronne la torsade des cheveux, tandis que le bras gauche, en une évasion hardie, s’allonge jusqu’à poser sa main au pommeau de la haute ombrelle droite, dont la verticalité explique et sou-tient tout l’ensemble pour le plaisir absolu de l’ceil. Cela est d’une science complète —et rien de plus fin que l’indication des tableautins du fond par des griffures menues et capricieuses, juste assez pour qu’on voie, sans que l’intérêt s’évade du point où l’ar-tiste l’a voulu retenir, cette tête au chapeau d’un orbe restreint et simple sous lequel la chevelure est massive et profonde. De tels jeux sont jeux de prince ; on n’ima-ginera rien de plus séducteur et de plus hardi que ce jet fuselé d’une grande femme souple, tout ce qu’on lui devine de souci de soi pour qui la regarde — ce à quoi elle pense plus qu’aux Watteau. Ils prétextent une attitude de jolie attention, et que d’esprit dans la main, dans le moindre pli! Edmond de Goncourt aimait là, avec raison, la lignée pure du XVIII’ siècle et Fragonard en effet est ici, sans pastiche; Frago-nard a vécu un siècle de plus. L’intimité pressentie en ces dessins — par le détail d’une con-sole, la boiserie d’un canapé Louis XVI, an bouquet, cette intimité reste quand même glacée et décorative. Il a fallu certains croquis d’enfants et quelques por-traits admirables de M.. Helleu pour que se décelât, surprise déli-cate, la sensibilité tendre que l’ar-tiste tient peu à faire connaître. Et le petit dessin d’une fillette au piano avec sa grand’mère — s’en souvient-on? — est un chef-d’oeuvre