PAUL HELLEU liSONNI, dans l’art moderne n’est plus subtil. Ce n’est pas un peintre, c’est une pointe-sèche qui s’est mise à vivre tout à coup et ac-complit son miracle selon l’exigence elle- néme de sa forme. Cursive elle s’élance, infléchit son ellipse, s’arréte et se cabre, écrase quelque inflexion plus noire, et de nouveau s’éclipse et vole et revient et puis s’en va — sûre et capricieuse comme une lame de patin sur le champ de neige du papier où sa fuite laisse une trace pâle et délicieuse. On définira moins M. Helleu en disant ce qu’il est qu’en notant ce qu’il n’est pas. Qu’il révèle l’inspiration de Watteau, des Japonais et de Degas, il n’en sera pas moins éloigné, plus nerveux et moins décoratif que Watteau, plus strictement exact dans la fan-taisie que les Japonais, avec la retenue du goût de France, et souriant tristement là où Pointe-sèche Degas montre un rictus. S’il s’apparente à Antonio de la Gandara, il est plus souple et plus capricieux. S’il fait songer aux cro-quis de Whistler, à leur sublime négligence apparente, c’est pour préciser l’évidence des formes là où le grand disparu en suggérait le mystère. Impressionniste? Eh ! non, car pour lui la réalité du dessin existe jusqu’à la sécheresse graphique — et cependant il a tant regardé Manet en l’aimant! Et il en redit quelque chose dans ses toiles, la mise en place, les valeurs, tels gris, tels noirs, l’indication lumineuse et sommaire d’un fond. Il est précieux, large, distrait et insistant, inachevé, charmant et tendre, spirituel avec réticence, tout de grâce française et londo-nien pourtant, parfois bizarrement mélanco-lique, — et cette mélancolie est peut-étre toute la réalité essentielle de son âme. Il est la pointe-sèche elle-mémé. Je ne connais pas M. Helleu. Je ne lui ai jamais parlé. Je le suppose extrêmement
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