ABEL FAIVRE l’étonne ; il sent que ces hommes ne sont pas complets, qu’il leur manque la griffe des vrais maîtres — cette griffe violente qui met son sceau sur toutes choses et sait donner à une oeuvre la mar-que du génie. Paris lui semble triste et lugubre, il a la nostalgie des voyages. La Bre-tagne avec ses landes désertes et sauvages le tente. Il s’y rend entraîné par un vague pressentiment. C’est là, en effet, qu’il rencon-trera celui qui décidera de son avenir. Un jour, se promenant dans la cam-pagne, il aper-çoit un petit homme roux qui peint des pom-miers. Il s’ap-proche, il est frappé de l’in-tensité qui se dé-gage de l’oeuvre qu’il a devant les yeux. Il sent que l’homme qui peint ainsi a pénétré les secrets de la nature et de la vie et il en éprouve une émotion pro-fonde. Il ne peut s’empêcher d’ex-primer toute son admiration au peintre. Enhardi par son accueil affectueux, il lui raconte sa vie, lui parle de ses projets, de son ambition, lui demande quelques conseils, l’interroge et finit par apprendre qu’il a devant lui Renoir, le maître Renoir, l’admi-rable auteur du portrait de Jeanne Samary. Abel Faivre n’a plus aucune hésitation, il revient à Paris et se met énergiquement au travail. 20 Femme à l’Éventai (blusLo de Luxembourg) Il sait maintenant ce qu’il doit faire e quelles leçons il doit suivre. C’est en effet chez Renoir qu’il apprendra cette science parfaite de la beauté, cette connaissance approfondie de la forme, cette délicatesse