L’ART MUSULMAN paysage, tout ce qui dans les groupes de personnages constituait une scène; ils ont généralisé, suivant le sûr instinct qu’ils avaient de la grande décoration, et les sortes d’arabesques qu’ils ont obtenues ainsi sont d’une grâce infinie. De simples rinceaux ne donnent pas de moins sûrs effets, avec ces grandes palmettes qui s’enlèvent sur des fonds clairs, roses le plus souvent, entre des bordures dont les entrelacs sont des chefs-d’ceuvre d’ingéniosité. Les fleurs sont rares sur les tapis, mais elles triomphent sur les étoffes, toujours stylisées, mais tou-jours reconnaissables aussi, qu’il s’agisse des chardons s’enlaçant aux larges rinceaux des brocarts du XVe siècle ou des tulipes et des roses des velours turcs de Scutari. C’est le décor oriental qui a alimenté toute l’Italie de la fin du moyen âge et de la Re-naissance et lui a inspiré les merveilleuses étoffes tissées d’or que nous voyons aux dalmatiques des évêques dans les tableaux des Primitifs ou revêtant les nobles seigneurs de Véronèse. Ce décor ne peut-il une se-conde fois nous inspirer et nous apprendre à imaginer autre chose que les pauvres imitations de « Louis XVI s où nous nous complaisons? Quelques artistes l’ont connu, certes, et il est au fond des premières créa-tions de Liberty, mais combien maigre et combien pâle surtout, quand on songe à la richesse et à l’éclat de l’original! De cette exposition de l’art musulman des enseignements précieux pouvaient etre tirés, sans compter la jouissance singulière que tout artiste y devait éprouver. Quelques-uns ont répondu à l’appel de l’Union Cen-trale des Arts décoratifs et nous en avons vu plusieurs se pénétrer de l’esprit des chefs-d’œuvre groupés au Pavillon de Mar-son pour quelques semaines : ceux qui ont dédaigné de venir n’avaient sans doute rien à apprendre. Espérons que la petite élite des chercheurs y aura trouvé son compte, flue l’effort de ceux qui avaient organisé l’exposition ne sera pas perdu et que, gréer à elle, ces .■ influences orientales », si puis-santes sur notre art de jadis, se feront sen-tir une fois encore, bienfaisantes et fé-condes, dans l’art nouveau que nous ap-pelons de tous nos vœux. RA,101,17 KIECHLIN. Étoile de revêtement (Perse, X11,,—X17, (Collection an ansé, des Arts Décreàifs) 149