L’ART DÉCORATIF Vers la fin du XV’ siècle apparais. le décor floral, et chacun sait quels incompa-rables chefs-d’œuvre ont produits les fabriques de Damas et de l’Asie-Mineure, fabriques mal déterminées encore, car il est peu vrai-semblable que Pile de Rhodes, par exemple, ait joué dans l’histoire de la céramique le rôle qu’on a prétendu lui attribuer ; c’est leusement, comme eût fait un Chinois ou un Japonais, désireux d’en rendre jusqu’au moindre pétale ou à la plus fine nuance; le caractère décoratif seul l’intéresse, et quand il les a bien déformées à son gré, mais tou-jours dans l’esprit de la pliante, sa fantaisie les pare des couleurs les plus éclatantes, sans avoir cure de la réalité, tulipes blettes, roses turquoise et mauve. Et avec cela l’ensemble, prodigieusement décoratif, parait vrai. Qu’on jette un regard sur un de ces plats de Damas où quelques fleurs soigneusement nouées par la tige forment le plus riche et en même temps le plus invraisemblable des bouquets : il faudra quelque temps pour distinguer les invraisemblances, tant l’oeil est sé-duit par la composition et par le colo-ris, tant la stylisation surtout est juste et ingénieusement conçue en vue du dé-cor. Rarement, certes, les plats de Rho-des se peuvent comparer à ceux de Damas, mais toujours le sens de la styli-sation décorative s’y remarque, et par-fois avec une étonnante acuité. Les qualités qui nous font admirer les cuivres incrustés d’argent et d’or sont différentes, et c’est la beauté des formes qui nous séduit dans ces ai-guières, ces chandeliers et ces bassins, en même temps que la somptuosité des matières, auxquelle les temps a donné parfois une patine d’une extraordinaire profondeur ; mais le décor est toujours conçu d’après un système analogue, et ce sont encore des rinceaux et des figu-res stylisées. Le décor floral, en effet, n’existe pas sur les cuivres, car il n’ap-parait qu’a l’extrême fin du XV• siècle, et à ce moment l’industrie du cuivre, dont le beau moment a été le XIII’ siècle et le XIV’, particulièrement à Mossoul et à Da-mas et un peu plus tard en Perse et au Caire, est en pleine décadence. Ces rinceaux sont d’ordinaire inspirés des anciens arts de l’Asie occidentale, de ceux que Byzance porta à sa perfection, et l’extrême minutie du travail n’enlève rien à la grandeur de leur style; ils n’ont rien de géométrique, comme on l’imagine parfois, mais sont au contraire d’une incroyable souplesse et for-ment des fonds parfaitement appropriés soit aux frises d’inscriptions qui se détachent si nettement en argent sur leurs enroulements Chandelier de cuivr incrusté d’argent Hessen!, fis do XIII< siècle te.. ,ois t, tt. eamooa 0,1 e sans doute entre des fabriques d'Anatolie qu'il faut répartir les innombrables pièces baptisées de son nom. Quoi qu'il en soit, rien n'a jamais été fait de plus somptueux que ces revêtements de murailles où, comme à Damas, dans certains bains que l'avidité des marchands n'a pas encore dépouillés, des gerbes entières de fleurs sortent de grands vases et s'épanouissent sur des pan-neaux entiers, à moins que, comme dans les mosquées de Brousse et de Constanti-nople, ce soient des sellais de roses, de jacinthes et de tulipes, tantôt pris libre-ment et plus souvent enserrés dans les ré-seaux d'un dessin régulier. Mais ces fleurs, l'artiste syrien ne les a pas copiées scrupu-46
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