L’ART DECORATIF étudiait le talent fait de robustesse et de vie, a trois tableaux réunis ici : La Soupe, L’En-fant à cheval, sincères études de bambins qui resteront parmi les oeuvres caractéris-tiques de l’artiste, et un Portrait. Depuis plusieurs années, M. Alfred Smith est de ceux qui ont subi l’attrait de Venise ; il vient y peindre chaque année, et ne montre guère plus que des aspects de ponts et de canaux, qu’il connaît bien, et qu’il voit de préférence dans la mélancolie des jours gris. Un très intéressant panneau est occupé par les tableaux de Jacques Blanche, que l’on a grand plaisir à revoir. Bérénice devant le miroir, diverses études pour Bérénice, des Tètes de fillettes, Chérubin, donnent une excellente idée de cette peinture ferme et brillante, à la fois raffinée et simplifiée, par laquelle l’artiste a définitivement conquis une personnalité qui s’impose. On le voit, l’Exposition de Venise ne manque pas, pour les peintres étrangers à l’Italie, de grou-pements d’oeuvres tout à fait explicites, suf-fisants pour comprendre vraiment un talent. On retire de là autre chose que des impres-sions confuses et passagères sur le tem-pérament d’un artiste. La méthode est excellente et mériterait d’être plus largement appliquée chez nous. Deux toiles du fin clair-obscuriste qu’est M. Armand Berton ajoutent dans cette salle une jolie note discrète et enveloppée. La Belgique est représentée par une peinture de M. Baertsoen, L’été à Middelbourg, sincère à son habitude, et deux cadres de M.. Fernand Khnopff: l’un — un diptyque intitulé Le Secret — est d’une inspiration un peu compliquée et obscure, comme il arrive souvent chez l’artiste, dont il reste toujours un dessin très châtié ; l’autre, un Portrait de femme, a un très grand charme de déli-catesse et de douceur. Le peintre de marines hollandais Mesdag a fourni, lui aussi, un petit groupe d’oeuvres importantes, où se détachent sur la mer ses silhouettes de bateaux, sous les divers éclai-rages du jour. Les sujets sont un peu restreints peut-être ; l’auteur en a cependant retiré de très justes observations, rendues avec une belle facture. La salle G, consacrée encore à la pein-ture internationale, fait surtout un sort à l’oeuvre du vieux peintre allemand Otto von Faber du Faur, mort il y a deux ans, qui avait travaillé à Paris auprès d’Yvon et plus particulièrement d’Horace Vernet. Il avait d’ailleurs mélangé la carrière de peintre à la carrière militaire, et les tableaux de ba-taille, les mouvements de cavalerie qu’il peignait avaient été observés en pleine mêlée. C’est ce qui donne à ses peintures un accent de vérité qui manque le plus souvent aux tableaux historiques. Le sens de la couleur y est aussi puissant et personnel, surtout dans les scènes d’Orient, comme Les Chevaux de l’Émir, Corps de musique moresque à cheval, Oriental à cheval, Fanfare moresque. On y retrouve, dans la mise en scène mou-vementée, comme dans la consistance de la pâte, comme un reflet de Delacroix, qui n’est pas du tout improbable, étant donné les prédilections et les études de l’artiste. Parmi nos artistes français, nous retrou-vons ici M. Lévy-Dhurmer, avec la Femme Hollandaise- qui a été vue à Paris sous le titre de La Bible et que nous avons repro-duite ; M. Gaston La Touche fournit un nouveau contingent, notamment des aqua-relles, dont l’une, Souvenir de Saint-Marc, est ici particulièrement à sa place. Nous rencontrons aussi des notes vigou-reuses de M. Lucien Simon, de nouvelles études vénitiennes de M. Alfred Smith, et ces fins morceaux de Jean Veber : Lutte de femmes et Portrait d’Anatole France. On se souvient de la force caricaturale du premier, modérée par un sens très strict de l’obser-vation humaine, et de la pittoresque vision du second, montrant le modèle dans •son milieu de tous les jours, un foulard noué sur sa tête. Un lumineux tableau de M. Émile Claus, Jardin Flamand, où un homme et une femme ramassent des pommes, met une belle note vibrante dans cette salle : nous -avons repro-duit cette toile l’an dernier, lors du Salon de la Société Nationale où elle a figuré. Une Gitane de M. Anglada, des Racommo-deuses de filets de M. Sorolla y Bastida mettent encore un rappel de l’Espagne. D’autre part, nous notons une Marine d’Harrisson, et La première communion du peintre écossais Lavery, ce portrait de fil-lette en blanc qui a passé par Paris il y a quelques années. M. Lavery est un des peintres de portraits sur lesquels on doit avoir le plus les yeux maintenant. A notre 98 FIND ART DOC