ALFRED ROLL Des dessins, des paysages faits en Corse récemment, aucun ne me retien-dra qu’une tête de femme coiffée de noir sur fond de ciel d’un azur intense, l’un des plus sérieux morceaux du Salon de tooz. Att dernier figurait une poignante et muette tragédie, l’agonie d’un vagabond au pied d’un arbre, où décidément reparaît la pitié sombre et acerbe de Gorki; là encore se révèle la science du coloriste, en cette har-monie mono-chrome de gris verdâtre, de bleu froid, de brun violacé, où l’at-mosphère bru – meuse circule en mêlant à mutes choses un ton de pervenche éteinte, et la science du dessinateur par valeurs dans le raccourci du per-sonnage, sans qu’un seul rehaut de couleur aide à le préciser, dans la construction tragique de la tète, dans l’admi-rable étude des mains qu’on de-vine à peine. En tout cela, et en certains pastels lumineux, même des sculptures d’un beau caractère, montrées depuis peu d’années, se démontre avec une autorité de plus en plus grande, sûre d’elle-même, la vigueur unie à la délicatesse qui caractérise l’oeuvre entier de M. Roll. De cet oeuvre la technique n’a guère subi de variations. Exempte de tous les raf-finements actuels, elle n’admet ni les trans-parences, ni les grattages, M les imitations d’une matière par une autre, ni les taches, ni les combinaisons oit tant de peintres ont dépensé leur ingéniosité. Elle s’en tient, sans complications de recettes, à une facture grasse et franche, à un dessin établi par les valeurs presque toujours certaines, à une harmonie qui laisse à la couleur toute sa puissance expressive sans exagérer non plus son rôle et sans lui inféoder le caractère. Il y a dans cet art une grande force de na-turel. Il n’est pas obtenu avec les joies eau-bérantes de la virtuosité, n’esquive ni ne cherche le difficile; il est obtenu de la façon la plus normale et la plus sérieuse, par la volonté, par l’application logique et tran-quille des moyens à ce qu’il faut rendre, avec une honnêteté que nourrit le respect de ce qui est vrai. Et ainsi se font sans ta-Liseuse page et sans nervosité, par la sincère émo-tion et le savoir authentique, de belles choses dont s’étonnent les virtuoses, avec un secret retour sur eu s-Mé MCS. La Guerre, par exemple, représente la réflexion grave d’un homme sur un sujet où il substitue aux dé-clamations coutumières le désenchantement d’un moderne. Ces soldats marchent résd-lument, puisqu’il le faut, mais sans flamme, sans vertige, maintenus par le machinisme anonyme, dans la boue et la pluie où peut-être on les déplacera durant des heures sans qu’ils en sachent le motif, sans que leur conscience soit présente et efficace. Mais le peintre intervient après que l’homme a pensé c’est lui qui transpose en art la vision psychologiquement vraie, masse ce FIND ART DOC