L’ART DÉCORATIF l’intelligence et le savoir enfantent. L’effort im-mense d’un peuple entier est là. Celui qu; n’a rien ressenti devant cette majesté d’une grande nation au travail est mal venu à parler de beauté. Qu’ajoutent à cette grandeur les petites gen-tillesses du détail ? Peu de chose ! Et si l’on pense qu’à leur poursuite, c’est neuf fois sur dix la banalité, l’insipidité, la préciosité, la prétention, bref, l’attristant au lieu du piquant que l’on rencontrera, n’est-il pas sage de ne nous y lancer qu’avec circonspection ? Il ne nie paraît pas que les façades des boutiques et magasins soient une place propice aux déploiements décoratifs. Là, tout l’intérêt se porte sur l’étalage, non sur le cadre. Au-tour de la vitrine, il n’y a pas de céramiques, de mosaïques, d’émaux, de vitraux, de peintures ou de sculptures qui puissent rivaliser d’attraits avec une douzaine de chapeaux comme les mo-distes parisiennes savent les faire, ou vingt-cinq paires de jolies chaussures bien présentées. Même les boîtes de sardines, les caisses de pêches de Californie, les pots de confitures de Bar et jusqu’aux humbles boîtes de cirage Jacquand prennent des aspects enchanteurs si le marchand sait en faire miroiter les délices —et tous les marchands savent cela. Par consé-quent, le cadre n’a de mission qu’à distance : celle de se détacher du reste de la façade; y pro-diguer les détails est peine perdue. Ce qu’il faut ici, c’est du goût et de la tenue, et non de l’art. Qu’une exception de loin en loin soit d’un heureux effet, je suis bien loin d’y contre-dire. Rencontrer par-ci par-là un devant de magasin d’un caractère hautement artistique, tel, par exemple, que celui qu’on vient de ter-miner rue Royale pour M. Fouquet, l’excellent bijoutier, d’après les projets de M. Mucha, serait une diversion charmante. Mais si ces exceptions entreprenaient de devenir la règle, cela serait insupportable : car pour les accepter, il les faut excellentes. Une façade qui veut se faire remar-quer ne doit ètre dessinée que par une main très habile. On a doté dernièrement certaine rue de Paris — tout le monde la reconnaîtra sans que j’aie besoin de la nommer — d’une horreur où la prétention le dispute au ridicule : une devanture de je ne sais quoi — de brasserie ou de restaurant, je crois, — dans laquelle on a trouvé moyen d’allier le comble de l’extrava-gance à la plus plate vulgarité. De pareilles choses sont une honte pour Pa-ris; elles com-promettraient notre réputation de goût si elles venaient à se multiplier. Puis-. que ceux qui se sont institués prêtres de «l’art public» deman-dent à l’autorité le retour de la beauté—comme ces maris qui chargent le com-missaire de po-lice de leur ra-mener leur femme — l’oc-CHARLES PLUMET, ARCHITECTE FAÇADE DU MAGASIN DES CHOCOLATS KOHLE1( 38 casion serait belle de récla-mer une loi in-terdisant les fo-lies de cette sorte. Quand on
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