L’ART DÉCORATIF < Artistes et Bourgeois » (1894), M. Jossot devait en trouver l'emploi dans l'affiche, où son don de faire naître l'ornement de la figure était si propre à satisfaire aux convenances de l'objet. Une des plus grandes difficultés de l'affiche, en effet, est de lui conserver le caractère essen-tiellement ornemental qu'elle devrait posséder, par suite de l'introduction presque forcée de figures allégoriques dans la composition. Or, dans la manière de M. Jossot, où figures et ornements ne font plus qu'un, cette difficulté se résoud d'elle-même. Ainsi,. dans l'affiche des «Sardines Saupiquet » déjà citée; tous les Parisiens ont reconnu du premier coup Roche-fort, Sarah Bernhardt, Yvette Guilbert, Bruant et le député musulman , sans que la ressem-blance des charges diminuât le caractère déco-ratif avant tout du morceau. Art brutal dans lequel il ne faut point chercher l'élégance d'un Cheret ou le channe d'un Grasset ; mais il est bien lui-même, et de plus, sain et robuste en son genre. M. G. DE FEURE M. de Feure est Hollandais, mais fixé à Paris. De son pays natal, son art a conservé la ten-dance à l'exotique, dont ses compatriotes de la jeune génération cherchent à tirer un art décoratif nouveau procédant uniquement de l'ornement. La France lui a donné la sûreté du goût et la richesse des couleurs. Ces qualités ressortent heureusement dans la ravissante aquarelle «le Rendez-vous », que nous reproduisons aujourd'hui et dont M. de Feure a bien voulu nous donner la primeur. On n'y trouve rien de cette étrangeté qui, chez la plu-part des jeunes artistes hollandais, surprend et trop souvent même choque par l'insuffisance d'assimilation des procédés tirés de l'Orient à notre tempérament. C'est gracieux, frais, celà se comprend et conquiert tout de suite, et n'est -pas moins original et neuf. M. de Feure s'est aussi occupé du meuble et d'autres branches encore de l'art appliqué. Nous ne tarderons pas à publier quelques-uns de ses travaux dans ces genres. M. P. RANSON M. Ranson est peintre. Aussi, tandis que ses deux confrères MM. de Feure et Jossot tendent vers l'art des lignes, celui-ci voit avant tout les couleurs des surfaces. Le peintre se trahit dans ses travaux d'art appliqué; du reste, M. Ranson a toujours su choisir pour son activité des objets propres à mettre ses qualités en valeur. Les tentures surtout ont ses prédi-lections. Il en envoie depuis plusieurs années à chaque Salon du Champ de Mars. Celle que nous reproduisons aujourd'hui a été faite pour « l'Art Nouveau ». Le dessin et la couleur en sont également riches; on ne peut lui re-procher qu'un caractère un peu tourmenté qui fait que cette tenture ne serait pas de mise partout. 50 L'ATELIER DE GLATIGNY Lorsque, il y a dix ou douze ans, des céra-mistes séduits par la beauté des potiches flam-mées japonaises et chinoises eurent l'idée de chercher la nouveauté simplement dans la fantas-magorie des couleurs et l'éclat des émaux, les amateurs se jetèrent avidement sur ces pro-duits encore inconnus la veille, et à leur suite, tout le monde — c'est à dire ceux qui pou-vaient y mettre le prix. Fut-ce un engouement, un snobisme? Peut-être; cependant, la lassitude des tristes bibelots dont on s'était contenté pendant trois quarts de siècle, avec leur fade «sujet» ou leurs fleurs dans le goût de celles qu'on fabrique rue St. Denis, y fut sans doute aussi pour quelque chose. Depuis, la vogue des grès flammés n'a fait que croître. Les céramistes ont fait appel à de vrais artistes, ou se sont faits artistes eux-mêmes, pour les enrichir de tout ce que le dessin peut ajouter de beauté à l'oeuvre du feu domptée; les couleurs, les éclats se sont disciplinés dans les décors linéaires ou floraux les plus rares; les maîtres du métier ont contraint les caprices de l'émail à se soumettre aux volontés de l'art. Et pourtant, le primitif décor de ren-contre des coulées, des cristallisations et des coups de flamme n'a pas moins conservé toutes ses séductions, et ceux qui aiment à s'entourer de belles choses convoitent aujour-d'hui, comme il y a dix ans, le flammé nu aussi bien que celui qu'un Delaherche ou un Dam-mouse ont habillé des grâces de leur décor. La magie de la couleur est si grande! Et si le beau dessin parle son langage à notre esprit, elle sait si bien nous bercer d'impressions et charmer notre sensualité! Puisque c'est désormais le rôle de l'art nous ne nous attarderons pas à le démontrer après cent autres — d'embellir tout ce qui nous entoure, et qu'il doit s'adresser non plus seule-ment aux priviligiés de la fortune, mais à tous, n'est-il point permis de croire qu'entre tous les beaux objets, il n'en est point de mieux en mesure que le flammé de pénétrer le premier dans des demeures même humbles? Car enfin, ce n'est pas un art à proprement parler, le FIND ART DOC
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