L’ART DÉCORATIF d’objets d’art, vases à fleurs, à fruits, bols, sortie des usines, méritent tous les éloges. Je n’aurais pas à insister davantage sur ces produits si le Val St Lambert n’en avait élargi le domaine en étendant le procédé de coulage et de taille à de véritables vitraux. L’innovation pourrait porter des fruits assez inattendus dans certaines applications; le meuble, par exemple, qui ne s’est jamais bien accom-modé, à mon sens, des vitraux mis en plomb. A présent, ces vitraux ne peuvent dépasser un format assez peu étendu; 33 x 46 est le maxi-mum, et cette restriction même désigne le meuble qui se plie à de pareilles exigences. Le procédé consiste, en principe, à super-poser et souder trois feuilles de verre, celle du milieu blanche, les deux autres colorées. Par la taille qui mettra à nu telle couche qu’il convient, nous obtenons 10 un brun par transparence du bleu sur le rouge; 2° un bleu par la taille de l’autre côté de la couverture rouge; 30 un rouge par la taille de la couverture bleue; un blanc par la suppression du rouge et du bleu. Les combinaisons ne sont donc pas infinies et se réduisent à la superposition des cou-leurs prismatiques sur le blanc intermédiaire: c’est à dire à des combinaisons de bleu, blanc et rouge, de bleu, blanc et jaune, de rouge, blanc et jaune etc. . .. Le vert prismatique, pourtant, s’obtient par la superposition du bleu et du jaune. Une ressource toutefois s’adjoint à cette pénurie de couleurs, celle du luisant et du mat, qui s’obtient par un tamponnage à l’acide. Ces plaques de vitraux sont primitivement des rouleaux soufflés dans des formes, et qui sont déroulés ensuite et étendus. C’est cette origine qui limite encore actuellement le format de ces vitraux, dont les couches de verre coloré doivent avoir une cohésion si parfaite que le moindre désaccord survenant ferait éclater la pièce. La même perfection est exigée pour les vases, bols, plateaux, etc. et l’on peut se faire une idée du degré de perfection atteint dans la fabrication de ces cristaux quand on note que celle-ci ne laisse que 100/0 de déchet. Encore dans ces oo/o faut-il compter sur la part qui incombe au refroidissement; mais celui-ci aussi est si savamment calculé que pendant les 1a heures que dure cette opération (des wagonnets glissant automatiquement sous un tunnel dont les parois refroidissent au fur et à mesure du trajet de ces wagonnets), la presque totalité des marchandises en sortent intactes. n. VAN DE vELDE LES VERRIERS DE NANCY La décentralisation de l’art est un thème qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelques années. Les abons esprits» qui s’en sont em-paré — on se fait une spécialité comme on peut! — demandent à l’Etat des écoles locales, des chaires, des nausées, des subsides et le reste: les millions par douzaines. Nous nous Pignons à eux, et supplions à notre tour l’Etat tout-puissant de faire naître un peu partout des hommes d’exceptionnelle valeur, des créateurs doués de la persévérance qui peut seule accomplir la grande chose conçue, attachés à leur ville natale par l’amour du berceau ou quelque autre lien. Car partout où de tels hommes se rencontrent, la décen-tralisation se fait toute seule; M. Ensile Gallé, ou M. Serrurier-Bovy, par exemple, ont fait l’un de Nancy, l’autre de Liège, des centres artistiques sans y penser, comme M. Jourdain faisait de la prose. Il ne leur a fallu pour celà qu’être Gallé et Serrurier-Bovy. M. Gallé a été le premier représentant de l’art industriel vrai en France, et ce n’est pas son moindre titre d’honneur. Fabricant verrier de son métier, mais trop épris de beau pour s’enfermer dans le labeur des affaires, il con-sacra de bonne heure ses loisirs à chercher de nouvelles formules à l’art autrefois glorieux des verriers de Venise et de Bohème. Tout le monde tonnait le charme exquis de celles qu’il sut créer depuis l’Exposition universelle de 1889 qui les révéla. M. Gallé suscita M. Daum, qui fit de jolies trouvailles de formes et de couleurs dans le domaine ouvert par le premier; puis vinrent M. ‘,éveillé et d’autres, apportant chacun leur note personnelle. Aujourd’hui les verreries de Nancy sont, avec la céramique, le triomphe de l’art industriel français, le bibelot précieux par excellence, si universellement connu et admiré, que nous pouvous nous dispenser d’en énumérer les mérites. Mais toute médaille a son revers, et si les ravissantes productions de la verrerie nancéenne ne donnent point prise à la critique, elles éveillent un regret. C’est que tant de qualités soient dépensées uniquement au profit du bibelot de vitrine, de l’objet de luxe. Les mêmes amateurs, qui se disputent et conservent pré-cieusement ceux de MM. Gallé, Daum, Léveillé, doivent se contenter, pour leur table, des ver-reries que fournit jusqu’ici l’industrie, c’est-à-dire d’objets disgracieux et vulgaires. Ne serait-ce pas un nouvel et bon emploi du talent des maîtres de Nancy d’apporter à ceci une si désirable réforme? Non-seulement ils ne l’ont point fait, 107 14• FIND ART DOC
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