L’ART DÉCORATIF drait plus largement à la peinture, Mus C. H. Dufau, a gardé son originalité trop dis-tante des écoles, des cénacles et des mi-lieux pour qu’on puisse admettre qu’elle prit volontairement part à un mouvement, alors qu’elle en est naturellement et sans contrainte une des expressions les plus fraîches. Les raisons de sa foi dans la vie sont des raisons de race et d’hérédité person-nelles; elle a apporté dans son art l’in-domptable énergie du sang ancestral, elle a puisé dans l’indépendance inhérente au tempérament basque son esprit d’insoumis-sion aux formules, la forme vigoureuse de son activité de pensée et la volonté d’une oeuvre personnelle renouvelée sans cesse sous l’aiguillon d’une conscience toujours insatisfaite; on y sent cette force de pensée contenue qui demeurera éternellement la marque des oeuvres volontaires; on y voit en chaque endroit la soumission de l’ima-gination à la pensée, mais cette soumission n’est point une contrainte, et la vie s’y élance, déborde et renaît incessante. Elle parle partout de la vie, l’air vibre, ses feuil-lages bruissent, ses vagues déferlent joyeu-sement en une écume tout ensoleillée, le soleil se glisse sur ses toiles ou les inonde en un parti pris de clarté, cependant que son âme énergique se transpose dans son oeuvre en un parti pris de jeunesse : inlas-sable et captivante énergie. Si l’on voulait donner un schéma de l’oeuvre de Milo Dufau, il faudrait repré-senter en quelque sorte un muscle tendu prêt à se détendre. Il n’est besoin que de regarder un instant la suite de ses toiles pour remarquer combien le raccourci y prédomine, combien les tensions muscu-laires y sont prépondérantes, combien même dans le repos on sent une énergie latente qui ne demande qu’à agir de nouveau. Elle pense comme le personnage de Zola dans l’Œupre : « Un muscle bien dessiné, un membre peint solidement en pleine clarté, il n’y a rien de plus beau, rien de meil-leur, c’est le Bon Dieu ›,. Peut-être ne sûmes-nous point assez détacher la force de la violence, et la contraction musculaire immanente dans l’oeuvre de W. Dufau ne donnera-t-elle point dès l’abord à certains tout le sens de cette force qui est en elle. L’enfant du premier plan des Ricochets est une étude de raccourci, le sujet na-turellement l’imposait, mais celui du deuxième plan placé à califourchon à l’avant du bateau s’arcboute sur les mains. Dans les Enfants de Mariniers, l’un est juché au haut du chaland et semble s’y hisser en-core, un autre est accroupi sur le gôuver-nail, un troisième maintient la rame et fait saillir l’anguleuse proéminence de ses omo-plates, tandis que l’autre s’essaye à godiller: tous font un effort. Le symbolique tableau Espagne est-il autre chose que l’expression d’une inquié-tude contractée, et dans Rythme c’est l’ef-fort encore qui s’affirme, soumis dès lors aux lois harmonieuses de la Beauté. N’est-ce point encore cette énergie ramassée sur elle-même pour une détente prochaine qui anime sa récente composition les Joueurs de pelote au pays basque? N’est-ce point en ces deux êtres accroupis écoutant la grande voix de la mer comme un désir haletant de se mê-ler à son action, de tendre vers son élo-quente énergie, et cet Automne qui reste jusqu’à présent le chef-d’oeuvre du peintre semble en concentrer le sentiment général. Toute l’éphémère lassitude à la fois et tout le désir voluptueux de l’automne sont exprimés là : la puissante et glorieuse nu-dité de la femme assoupie, adossée au marbre des bassins parmi l’amoncellement des grappes de raisins et des grenades, sait en-clore en son sommeil noblement animal toute la satisfaction de la fécondité, tandis que le regard et les lèvres tendues de l’homme qui élève au ciel doré la grappe lourde disent le désir sans cesse renaissant des voluptés viriles et la soif de nouvelles maturités. Les grands artistes sont nés pour faire vivre les paradoxes. Combien admirablement paradoxale est cette conception de l’extrême maturité de la nature; car nous savons bien que l’hiver s’insinue et que l’automne est l’annonce d’une décadence; nous le savons, mais là nous ne le sentons pas, parce que la volonté d’une énergique pensée surgit contre l’éternelle loi naturelle affirmant son désir de vivre quand même, et dans ce so-leil jaune d’automne ne rêve pas déjà le songe de la mort, on n’y pressent point l’inféconde rigidité de l’hiver, on ne se sent point en face d’une langueur ni d’un épui-sement, mais dans sa maturité totale, la 2 o8 FIND ART DOC
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