L’ART DÉCORATIF ment? Pas du tout : ces parois deviennent des tablettes en se rabattant, et alors les saillies du cadre viennent buter contre le fond de la vitrine et maintiennent ces ta-blettes horizontales. Pour chaque meuble devrait se répéter une pareille analyse. Le buffet de salle à manger que nous reproduisons, par la belle ordonnance de ses divers corps, inscrits dans une ligne d’ensemble simple et pure, par la juste ré-partition de ses masses et des plans succes-sifs sur lesquels vient jouer la lumière, nous parait aussi répondre à un sentiment architectural très caractérisé. Il en est de même des diverses banquettes-vitrines, ban-quettes-bibliothèques, — un des thèmes fa-voris de M. Serrurier, — qui sont si diffi-ciles à réussir de façon que leur asymétrie n’en détruise pas l’unité. L’écueil d’une conception aussi pure-ment rationaliste du meuble, c’est une cer-taine raideur et pauvreté d’aspect; M. Ser-rurier ne l’évite pas toujours ; mais il est coloriste au plus haut degré, coloriste puis-sant et hardi : c’est ce qui sauve tout et donne la plupart du temps à ses mobiliers G. SERRURIER une réelle somptuosité. C’est à lui que nous songions en parlant de ces harmonies de couleurs qui sont les meilleurs des sujets de décoration; nul n’en joue avec plus de maîtrise, et l’aquarelle que nous reprodui-sons ne peut donner qu’une assez faible idée de ces fêtes des yeux. Quelquefois douces et nuancées, plus souvent audacieu-sement vibrantes, — rouge orangé du pad-douk, jaune éclatant du laiton poli, bleu profond des étoffes — presque jamais ces symphonies ne sont criardes. Comme on le sait, M. Serrurier ne laisse à personne le soin d’encadrer ses meubles du décor qui leur convient : il compose lui-même et fait exécuter sous sa direction papiers de ten-ture, tapis de parquet, tapis de tables, ri-deaux, lampes à gaz, à électricité ou à pé-trole, cheminées, poêles et toute espèce de ferronnerie décorative; si bien qu’il arrive à créer des ensembles décoratifs d’une te-nue, d’une homogénéité bien rares et mal-heureusement introuvables dans l’industrie française. ROGER DE F:LICE 200
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