L’ART DECORATIF de topaze glacés d’opale, de grenat ou de rubis. Il y a, de plus, ici des effets tirés du ton mat du fond émerillonné, du poli cris-tallin de certains contours, enfin des mille surprises de la transparence des couches. J’ai été particulièrement frappé de la beauté d’une coupe verte, de forme trapue et bizarre, à la transparence atténuée ; une fleur en haut-relief chatoyait là-dessus en mille tons de l’iris, y mourait et renaissait comme par magie si l’on retournait la coupe vers l’ombre ou vers la lumière. Il y a une douzaine de ces merveilles dont la photographie ne peut donner aucune idée. J’aurai voulu décrire le vase le plus grand en hauteur (or■■,39). Il est à trois cou-ches: de vert, de blanc et de jaune, qui se fondent en un unique reflet de chrysoprase; il est semé de libellules et traversé par une tige de plante d’eau. Il a été payé mille roubles au graveur. Voici une étonnante gravure dans les teintes topaze et grenat, relevée encore de cabochons incrustés pour former les calices des fleurs fantastiques. Il mesure 37 centi-mètres. Le vase appelé Les Chardons est dans des tons mordorés et roses, d’un dessin aigu et de beaucoup d’effet. La main-d’oeuvre de la petite coupe aux Écrevisses, d’un vert de mer teinté, a coûté six mois de temps. Voici le souvenir du vase de cristal blanc offert à M. le Président Loubet, et tout sera dit pour la verrerie, à moins de dé-crire encore l’effet étrange d’une coupe basse en verre dépoli, d’un jaune pelure de citron rdpée, en fond orné de feuilles de rosier du rouge vineux qu’ont si souvent les roses remontantes de Nice. Il y a beaucoup de très grands vases de verre blatte gravés de dessins concaves, pouvant servir de cache-pots : le verre est d’une absence de couleur absolue et sans tares ; c’est gracieux. Avant de pouvoir examiner les porce-laines, il m’a fallu reprendre le sens des couleurs simples en reposant les yeux par la blancheur des biscuits auxquels on a tou-jours donné ici une grande importance. La pâte de Saint-Pétersbourg a le grain impal-pable : l’examen à la loupe des portraits-médailles de leurs jeunes Majestés régnantes ne le laisse pas saisir ; la couverte transpa-rente lui donne le blanc doux du lait écrémé. On expose, d’après les maquettes de MM. Adamson, Verser, de gracieuses statuettes de femmes : La Jeunesse, Le der-nier soupir d’un navire, Le Murmure de la vagde; un buste de femme, La Martyre, de dimensions absolument inusitées dans le biscuit. Le ton est exactement celui du Carrare, les sutures invisibles. On se propose de faire toujours plus grand. La copie en biscuit des chefs-d’oeuvre de l’Académie Impériale des Beaux-Arts a été inaugurée au profit des écoles de pro-vince. J’ai vu une statue d’enfant haute de 90 centimètres. Le sculpteur Timus (attaché exclusi-vement à la Fabrique Impériale) s’amuse à une série d’animaux en biscuit et en émail ; il essaye le biscuit à pâte teintée : une Jardinière formée de quatre femmes entrelacées par leurs mains rejointes, dra-pées dans leurs chevelures emmêlées; les corps sont couleur ivoire, les cheveux roux; c’est charmant. Notons, pour passer aux porcelaines, le vase de Timus : Les Épis, modelé dans la pàte, prodige de l’ouvrier qui l’a exécuté. Les services de table étant renouvelés à mesure de la casse selon les types anciens, Louis- XV le plus souvent, ou simplement blancs aux armes impériales, tout l’effort de la direction nouvelle tend à produire des types de vases décoratifs et coupes, ornés de la nouvelle manière de peinture sous cou-verte, en s’étudiant jalousement à ne point tomber dans l’imitation plate du style da-nois. Cette difficulté sérieuse est déjà vain-cue: la vitrine du Musée, remplie des pro-duits de Copenhague, est là pour servir de modèle du procédé et pour bien marquer l’originalité parfaite des nouveaux essais de Saint-Pétersbourg. Les porcelaines impor-tées sont toutes lisses sous leur couverte épaisse et luisante; les teintes sont belles et douces, mais l’ensemble monotone. Le genre de la peinture sous cou-verte, exécuté préalablement sur le vase en pâte brute à sa première cuisson, ne dis-pose que d’une gamme de couleurs très res-treinte que le feu malmène et que la pàte absorbe et altère par sa porosité ; c’est ainsi 166 FIND ART DOC