HENRI LE SIDANER lui : il évite le pittoresque, la silhouette curieuse, l’effet séduisant où chacun se croit tenu de courir dès l’abord. C’est un impressionniste parce qu’il peint la lumière sur les choses plutôt que les choses elles-mêmes au flanc d’un mur il note avec une délicatesse insaisissable la mort lente d’une clarté oubliée par un ciel qu’on ne voit pas. mysticité benoîte des maisons de béguines sans qu’un seul détail religieux les désigne. Il en rend l’impression à la fois douillette et morne, l’aspect de prisons blanches d’où s’exhale une odeur d’angéliques confites. Comme à Rodenbach, qui n’a peint que la Bruges des pierres, celles-ci lui suffisent tour tout dire. Pourtant, soudain, il s’éprend triais c’est un intimiste par sa piété naïve dans le dessin; une fenêtre à croisillons, un rinceau ajouré, un perron, il les dessine avec l’exactitude d’un vrai maitre et l’ingé-nuité d’un enfant. La géométrie des façades le requiert : il la fait servir, dans sa nudité précise, à son art de rêve et de douceur. Il est profondément ému devant l’humble ar-chitecture d’une maisonnette, en pensant à toute la logique aimante qui en a suggéré à l’homme les moindres détails pour qu’à l’intérieur la vie des aimés soit plus intime et plus charmante à vivre. Il exprime la 43 Chartres de la Bruges des eaux, plus morte encore, et plus vivante aussi de la vie intérieure : des cygnes passent en frissonnant, une nappe d’eau s’ouvre avec une sérénité taciturne, doublant les quais et les maisons qu’elle capte en son mirage exact et pur. Ce sont alors, entre l’eau et la pierre, dans la lueur du crépuscule ou de la nuit, de fragiles et immatériels échanges, de tendres conflits de reflets, d’ombres réfléchies dans l’eau, des harmonies contrariées se jouant avec une subtilité vaporeuse, des entrevisions de lueurs éteintes et diffuses où, dans la livi-