L’ART DÉCORATIF rues, cette beauté grave des pauvres et des travailleurs qui a séduit Gaston Prunier. Paysagiste, il va des glaisières crevassées de Vanves aux rocs agressifs de Bretagne ou aux Pyrénées grandioses; peintre des hum-bles, il passe des fortifs parisiens aux char-bonniers du Havre ; peintre des rues, il l’effet le plus intense. De là son choix quasi constant de sujets architecturaux : murs en démolition, rues encaissées entre les hautes maisons, fleuve aux rives parallèles, bras de Seine ou canal Saint-Martin, pierres énormes s’enfonçant dans la mer, lacs endormis dans un cirque de rochers. Passe du Skével — Ploumanach élève tour à tour dans l’air les silhouettes de la Cour des Comptes ou de Mazas. Ce goût particulier pour les architectures in-dique du reste chez Gaston Prunier un sens spécial de la composition. Ce peintre des drames que les volcans d’autrefois ou les hommes d’hier font jouer dans le ciel aux montagnes ou aux constructions démesu-rées, procède par grandes lignes et par grandes masses qu’il sait admirablement équilibrer et mettre en page pour obtenir Dès ses débuts en 1888, ses premières petites aquarelles représentent le Trocadéro ou la Fontaine de Carpeaux au bout du Luxembourg. Mais ce n’est là encore qu’un essai et il faut attendre cinq ou six ans avant que Gaston Prunier commence à prendre vraiment possession de lui-même. C’est vers cette époque que la démolition du Palais de l’Industrie, celle de la Cour des Comptes, celle de la rue du Four, lui fournissent l’occasion de peindre ces solides 188