L’ART DÉCORATIF ne sont praticables qu’avec des matériaux de premier choix et donnent la garantie dune résis-tance indéfinie au temps. Un mot de ce procédé. Il consiste essen-tiellement en teintures successives, dans chacune desquelles les places qui ne doivent pas être touchées par le bain sont recouverts de cire. On obtient par là des effets de couleur extra-ordinairement intenses et néanmoins d’une grande douceur, la sécheresse et la dureté des lignes de démarcation entre couleurs étant atténuées par le procédé. Ce ne sont pas seulement les tissus de laine, de coton et de soie qu’on peut traiter ainsi, mais aussi le parchemin et même le papier de très-bonne qualité. Le dos et le siège de chaise que nous re-produisons sont en parchemin, dont le beau blanc d’ivoire s’allie heureusement aux tons rouge vif et rouge violacé; des bandes or ren-forcent encore l’effet. Les reliures de M. Cachet, également en parchemin, et ses encadrements d’impressions, montrent sous une autre forme l’excellence du procédé malais. Dans le meuble, M. L. Cachet est arrivé à des résultats plus définitifs que dans l’orne-ment pur, La reproduction de chaise que nous donnons nous dispense d’une description; signa-lons seulement les incrustations d’ébène, qui suivent logiquement les lignes constructives et forment sur les surfaces claires du chêne poli une jolie décoration. L’extrême simplicité des formes du bois est relevée de la manière la plus heureuse par ces incrustations, ainsi que par celles en ébène et ivoire des bras et les fleurs bleues du dossier. La logique et la simplicité sont du reste les qualités sur les-quelles l’effort de l’artiste porte avant tout. Il se garde de chercher le nouveau dans le bizarre. La table à thé est aussi une pièce réussie. Pratique et solide, elle est bien apte au rôle que joue dans les salons de la haute bourgeoisie hollandaise ce meuble, derrière lequel la maî-tresse de la maison fait les honneurs à ses hôtes. La ligne droite qui y domine lui donne le caractère un peu solennel qui convient. Le bois de chène clair du pied est incrusté d’ébène, et le bois d’ébène de la plate-forme, d’ivoire. Le goût sûr qui préside à l’union de ces matières en rend l’effet charmant. Nous espérons pouvoir donner prochainement des vues d’ensemble de pièces que M. L. Cachet s’occupe actuellement de meubler et de décorer à Amsterdam. L’artiste pense du reste aborder dans la suite tout ce qui rentre dans l’art domestique. La forme de nos meubles et de nos objets usuels ne pourra qu’y gagner en valeur pratique et esthétique. M. J. THORN-PRIKKER L’art de M. Prikker est l’art de la ligne. De même que le musicien exprime en phrases musicales la joie, latristesse, l’amour, cet artiste prétend exprimer en phrases linéaires — si l’on peut ainsi parler — le plaisir qu’il prend à ce qu’il aime. Pour lui, la ligne n’est pas le contour des objets, mais leur expression, la formule de leur manière d’être et d’impressionner au moment où il les a contemplés. On a traité son oeuvre d’incompréhensible, parcequ’on n’a pas voulu admettre celé ; parcequ’où l’on devait considérer l’expression des choses vues, qu’il veut faire tenir dans les lignes, on a cherché à tort la stylisation de formes existantes ; parcequ’on veut découvrir des bras, des jambes, dans les dessins où son intention n’était que d’évoquer le mouvement, la vie du corps humain. Par exemple, on s’est contenté de considérer l’acte matériel de la jonction de deux mains dans la prière, là ou l’artiste cherchait à exprimer par lignes l’extase de la prière. Les trois ou quatre reproductions que nous donnons p. 84 et 85 sont, par malheur, insuffisantes pour rendre compte de ceci. M. Prikker a 28 ans à peine. Il commença ses études comme la plupart des artistes ; mais il fut renvoyé de l’académie de dessin comme incapable. Quand éclata en Hollande la révolte du nouvel art contre les traditions de l’ancien (en 1885), M. Prikker s’insurgea contre le réalisme comme beaucoup d’autres, et s’obstina dans ses images linéaires. Il fit des dessins d’où sortait d’un demi mètre de surface l’ex-pression d’une grande fresque ; des compositions qui confondent l’entendement parcequ’on n’y peut saisir l’enchaînement des idées, mais qui réjouissent l’oeil par le mouvement plein de majesté des lignes. Il s’adonna à la teinture des « batikss, dont nous reproduisons quelques-uns faits par lui. Les «batiks>, sont des tissus — toile, soie ou velours — sur leS-quels les dessins sont tracés au moyen d’acides, et qu’on plonge dans des bains successifs de teinture après avoir recouvert de cire les parties que celle-ci ne doit pas toucher. Ce procédé, originaire des îles de la Sonde, ne donne plus aujourd’hui des produits comparables en beauté aux anciens «batiks» ; une rénovation de l’art en ces pays pourrait sertie la leur rendre. D’ailleurs, la métropole — suivant la détestable habitude de l’Europe — a donné le coup de grâce à l’art de ses colonies en les inondant de mauvaises imitations, de «batiks>, fabriquées par pacotilles en Hollande sur des dessins grossiers, réminiscences plus ou moins vagues des anciens. M. Prikker s’efforce d’apporter un remède au mal en dotant le procédé 55 FIND ART DOC