L’ART DÉCORATIF s’acharnant sur la dépouille d’un pauvre pé-lican. Mais avant d’essayer un mouvement aussi osé, il a exécuté une étude très poussée de l’étrange singe, observé dans une pose simple, sur ses quatre pattes. Je connais quelques amateurs qui ont été assez satis-faits de cette étude pour prier son auteur d’en exécuter quelques bronzes à cire perdue. Ce seront des raretés lorsque le jeune sculp-teur sera tout à fait célèbre, ce qui ne sau-rait beaucoup tarder. Au prochain Salon, M. Pierre Chris-tophe compte envoyer, outre le mandrill au pélican, un groupe de biches, grandeur na-ture. Il veut fixer la svelte allure des gra-ciles quadrupèdes, rendre la souplesse de leurs attaches, les présenter dans le sédui-sant abandon qu’offrent les hardes, durant les mois où les maniaques que l’on nomme chasseurs ne sont pas encore autorisés à les exterminer. Durant un séjour de deux armées à l’École des Beaux-Arts, le sculpteur Thomas, qui est un artiste fort honnête et un pro-fesseur consciencieux, mais avec des idées d’une autre époque, dit à M. Pierre Chris-tophe, alors son élève e Vous réussissez mieux les animaux que la figure humaine.» Ceux qui auront occasion de voir certain buste de jeune orientale, modelé par Pierre Christophe, ne seront pas, je crois, de cet avis. L’oeuvre est caractéristique, profondé-ment vivante. Peut-être sont-ce ces qualités qui froissent le vieil idéaliste qu’est M. Tho-mas. Il ne peut comprendre que l’on mette sur un pied égal l’animal et l’homme, et que l’on traduise avec la même rigoureuse exactitude les caractères de l’un et de l’autre. M. Christophe est trop de son temps pour n’avoir point été tenté d’appliquer ses connaissances d’animalier à la décoration. Il a composé des frises amusantes où des bêtes se jouent dans le feuillage. Un conci-liabule de grenouilles est le prétexte d’un encrier en grès Muller, dont le godet a pour fermeture un limaçon indiscret. Il a fait encore bien des choses… pour d’autres. Il convient de ne s’en point formaliser. C’est une habitude prise parmi les sculpteurs. La faute en est aux amateurs qui s’adressent ‘a des noms et croient de bonne foi que Fal-guière a pu donner quelques coups de ci-seaux aux nombreuses répétitions de ses Diane qui lui ont été commandées. Si l’on songe à cela, au temps ainsi e neutralisé », on trouvera que M. Pierre Christophe, ce jeune sculpteur de vingt-quatre ans, qui a déjà exposé à six Salons des oeuvres significatives, méritait bien d’être signalé à l’attention des curieux de talents neufs et prometteurs. CuoeLfis SAUNIER. 158
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