Dessin CONSTANTIN MEUNIER EST une bien grande, austère et forte figure d’artiste qu’évoque en sa sim-plicité rude le beau livre que vient d’écrire Camille Lemonnier sur le grand sculpteur belge Constantin Meunier Conçue avec une sympathie presque fraternelle, cette étude magistrale, présentée avec art par l’éditeur Floury, en même temps qu’elle essaye de définir le génie de l’artiste, replace pour nous l’homme dans le milieu où s’est écoulée son existence laborieuse, nous montre avec une vigueur, digne souvent des grandioses interprétations plastiques qu’en a tirées le 24 sculpteur, les scènes et les types qui l’ont inspiré, et nous impose enfin le sentiment de l’union intime qui existe entre l’artiste et Fccuvre qu’il a voulu et péniblement réalisé pendant les vingt dernières années de sa vie. Bien qu’il soit, en effet, âgé de plus de soixante-douze ans aujourd’hui, il n’y a guère plus d’une vingtaine d’années que Constantin Meunier a commencé de dresser cette puissante série de figures de travail-leurs épiques qui doit se résumer un jour dans un monumental ensemble érigé à la gloire du travail; nous y reviendrons tout à l’heure. Après des études sans gloire à l’Académie de Bruxelles, chez un sculpteur quelconque voué aux banalités académiques, Meunier s’était senti attiré, aux environs de la vingt-cinquième année, vers un idéal d’art plus humain, au contact du peintre Charles De Groux dont l’amitié lui fut pré-cieuse en orientant sa sensibilité naissante vers les spectacles graves de la vie des humbles et en éveillant en lui cette émotion ‘ Paris, Floury éditeur ; avec dix eaux-fortes, dix héliogravures, une vingtaine d’autres plan-ches hors texte, et un grand nombre de dessins dans le texte. Nous remercions ici M. Floury d’avoir bien voulu mettre ses clichés à notre dis-position.