LE SOUVENIR UNComité s’était formé en France pour offrir à l’Empereur de Russie un sou-venir de son dernier séjour, résumé dans ce qui en avait été l’acte capital, la Revue de Bétheny. On s’arrêta à l’idée d’un monu-ment destiné à prendre place dans une salle de l’un des palais impériaux, et l’exécution en fut confiée à M. Jacques Froment-Meurice, très désigné par la connaissance qu’il pos-sède du cheval, de son anatomie comme de ses allures, et aussi des silhouettes militaires, dont il a donné de vives et justes études. L’Empereur à cheval, passant la Revue, tel était donc le motif qui s’imposait; mais DE BÉTHENY il ne s’agissait pas d’exécuter seulement une statuette, il fallait réaliser un ensemble monu-mental, avec ce caractère spécial d’un monu-ment qui n’est point destiné au plein air et à la franche lumière d’une place publique, mais à l’intérieur d’une galerie, ce qui lui fait comporter plus de préciosité. Obtenir à la fois un effet de richesse et de sobriété n’était pas chose facile. M. Fro-ment-Meurice y a d’abord pourvu par l’em-ploi de matières diverses. La figure équestre a été conçue en bronze, tandis que pour le piédestal le sculpteur choisissait le marbre bleu turquin, d’un gris bleuté si délicat. Mais l’artiste voulait ap-porter dans la conception de ce piédestal une grande part d’intérêt, un caractère es-sentiellement décoratif. Pour cette partie de sa tâche, il s’est adjoint la collaboration de M. Gutton, architecte; et tous deux ont étudié les proportions, les profils, les modelés, avec un soin et un sentiment rares. Liceuvre définitive y acquiert une im-posante qualité de cohésion : ce n’est pas une statuette juchée sur un socle, c’est un ensemble sculptural et archi-tectural, et ce souci ne saurait trop être proposé en exemple. M. Froment-Meurice a voulu que la figure del’Empe-reur — avec son attitude, son port de tête caractéristiques, son cheval nerveusement campé, étudié d’après une bête quasi identique — fût élevée très haut et qu’il y eût dans la forme même du pié-destal quelque chose de ma-jestueux et d’imposant. De là cette idée de prêter au marbre, par derrière, de grands plis rappelant la traîne du manteau impérial, sans que cette évocation lui fasse rien perdre de la régula-rité, de la rigidité même de la construction architecturale. J. FROMENT-MEURICE Ecusson du piédestal (Monument offert d l’Empereur de Russie) 2 FIND ART DOC
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