FIND ART DOC L’ART DÉCORATIF semble est complété par une tenture murale de damas cramoisi, à motifs de rosiers ton sur ton, exécutée par MM. Jesurum, et les boiseries rehaussées de légers’ motifs de sculpture. Au-dessus du revêtement d’étoffe court une haute frise ornementale, très simplement composée de rameaux en festons et de rubans. C’est un renouvellement gracieux d’un type classique, qui laisse à cette salle réservée au travail une sévérité de bon aloi. L’auteur de la frise est M. L. Pasinetti, qui a com-posé aussi les motifs de décoration du pla-fond, divisés par les pièces apparentes de la charpente, et faits encore de légères combi-naisons de rameaux en couronnes et de rubans déroulés. Le mobilier de la salle, outre la biblio-thèque extrêmement simple qui se dresse sur la tribune, faite de rayons ajustés, com-prend principalement une majestueuse table de marbre, dit vert antique, reposant sur des pieds de bronze modelés par le sculpteur de Biasi. Un banc de bois vient s’appuyer à la tribune, et des fauteuils à dossier bas, d’une ligne élégante, se rangent çà et là autour de la table. Des coussins de cuir travaillé et doré attestent la note ornementale que peut ap-porter aussi une autre industrie bien locale; ils sont de M. G. Morsa. Signalons encore, de MM. Giacchetti, une lanterne à monture de cuivre découpé. Le fumoir, dans lequel on passe ensuite, se rattache plus essentiellement même aux plus vieilles traditions architecturales et dé-coratives de Venise, à celles qui lui venaient de l’Orient. M. Mainella a eu la très heu-reuse idée de renouveler l’emploi byzantin des marbres et des mosaïques. Cet emploi est particulièrement bien compris dans une salle qui doit pouvoir être aérée aisément, et où la fumée et l’odeur ne resteront pas emmagasinées, sur ces surfaces lisses de pierre et d’émail, comme elles le feraient au travers des tentures. Nous trouvons ici évoqué un charmant souvenir des basiliques de Ravenne, ou de Saint-Marc même, avec beaucoup de goût et de retenue. On ne s’est pas efforcé, en effet, de copier ici des ornements de sculp-ture compliqués, ni de couvrir les voûtes de figures, composées au moyen des petits cubes de verre multicolores. On a simple-ment revêtu les parois jusqu’à mi-hauteur de larges plaques de marbre, assemblées de façon à produire des veinures symétriques, selon l’habitude byzantine, qui donne de si somptueux effets décoratifs; et au-dessus une voûte à pans coupés se recouvre d’un fond de mosaïque d’or, seulement rayé par des rubans bleuâtres, interprétant de minces fumées allant s’évanouir plus haut. Les veines des marbres gris elles-mêmes s’allient à ce rappel de décor et dessinent comme des ondes de vapeurs. Le détail ornemental se réduit donc autant qu’il est possible, et c’est le parti de la construction qui se confond avec le parti décoratif. L’exemple réalisé est appelé, nous semble-t-il, à inspirer très heureusement les architectes vénitiens d’aujourd’hui. De larges divans de velours à motifs de broderie, qui viennent de la Maison Jesu-rum et des sièges semblables à ceux de la salle de lecture, exécutés par M. Lucadella, garnissent le fumoir. Les mosaïques de la coupole sont l’oeuvre de la Compagnie Venise-Murano et les marbres ont été four-nis par la Maison Biondetti. Un lustre élec-trique, de MM. Giacchetti, composé de tubes de verre ,opalin renfermant les lampes, de perles et de pendeloques de cuivre ajouré, s’apparie admirablement au décor d’ensemble et continue un ressouvenir bizantin avec une adaptation moderne et pratique. Même dans le bureau postal et télégra-phique qui termine cette succession de salles, les tentures, les vitraux ajoutent une note élégante et colorée. Quand on considère un ensemble aussi complètement réalisé, une réflexion s’impose. On songe qu’il a fallu bien des concours désintéressés pour avoir pu arriver à de pareils résultats, car le budget réservé à l’organisation de l’Exposition n’aurait assuré-ment pas permis de faire aussi luxueuse-ment les choses. Des industriels se sont donc trouvés qui ont accepté de collaborer au projet conçu par M. R. Mainella et d’en assurer, chacun pour une part, l’exécution. Ils ont estimé que les frais assumés ainsi par leur maison pouvaient être couverts par les commandes que cette tentative pouvait leur attirer, mais ils savaient bien qu’il v avait quelque risque pour eux à s’avancer ainsi, et que cet effort collectif ne serait peut-être d’abord pour eux qu’une réc 112