L’ART DÉCORATIF les paysagistes, la plupart se sont attachés à évoquer les grandioses aspects de leur ville. C’est ainsi que M. Guglielmo Ciardi a ressuscité dans son imagination le Bucen-taure, voguant sur la lagune à grand ren-fort de rames, accompagné de tout un vol de gondoles sveltes, tandis qu’au fond pou-droie le merveilleux panorama du Palais Ducal, du Campanile, de la Libreria. Et de fait, cette évocation de la pompe des doges ne se formule-t-elle pas presque forcément, lorsque dans la lumière encore ardente du ciel, sur les eaux colorées, commencent à se déployer toutes les richesses du cou-chant. Le tableau de M. Ciardi est un tableau de fête, une consécration à la gloire de Venise. M. F. Scattola, dans la plupart de ses toiles, peint aussi Venise d’une touche forte et savoureuse. Ses Voiliers dans le canal de la Giudecca sont un tableau d’observation franche, révélant un coin très caractéristique de Venise. Les paysages de M. F. Sartorelli sont d’un sentiment très pénétrant. Dans le bois, au crépuscule, les silhouettes lasses et cour-bées qu’il fait passer s’associent aux affres de cette heure. Parmi les portraits, nous notons un Portrait du Comm. G. Volpi, sobrement peint par M. A. Milesi, dont nous retrou-verons d’autres oeuvres plus loin. C’est un très beau portrait d’homme, fortement mo-delé et vu dans l’intimité de la demeure, sans aucun apparat. M. Lino Selvatico apparaît comme un peintre de portraits féminins tout à fait re-marquable, s’attachant à révéler l’expression propre, le caractère profond de son modèle, en restant toujours dans des valeurs conte-nues. Ce sont encore des portraits intimes, et montrant par cela même d’autant plus de volonté et de science. Le Portrait de Mme Vassallo-Coletti, celui de la célèbre actrice Gramatica, celui de cette fillette en Capu-chon gris, sont posés et peints avec un sen-timent juste, un instinct très sûr de la composition, malgré la simplicité voulue. Cette série de portraits constitue peut-être une des oeuvres les plus sérieuses de l’Ex-position. D’autres beaux portraits sont encore signés de M. G. Talamini : citons en parti-culier ceux de la Comtesse Rocca Mocenigo et du Docteur Keppler. La salle O, réservée au Piémont, nous introduit dans cette série de salles où les oeuvres de peinture et de sculpture sont pour ainsi dire enveloppées dans un ensem-ble décoratif. La Commission chargée d’amé-nager cette salle était composée des sculp-teurs Bistolfi, Calandra et Canonica et des peintres Tavernier et Grosso : c’est à dernier seul que l’on confia le soin concevoir un projet d’ensemble, afin de laisser l’unité nécessaire. M. Grosso a combiné une décoration qui se prête très bien à une galerie de tableaux. La tonalité générale est d’un bleu-vert bronze, constitué surtout par le velours des tentures murales, sur lequel courent en frise des cou-ronnes de lauriers, assemblées par trois, surmontant le nom d’un artiste piémontais. Les boiseries sont aussi peintes d’un ton vert et enrichies de points de sculpture, motifs de pommes de pin et de châtaignes, que l’on retrouve sur la corniche du plafond et sur les plinthes. On trouve encore un rappel des mêmes motifs, inspirés par la flore des montagnes piémontaises, sur les meubles qui décorent la salle : des canapés doubles, surmontés d’une tablette à sculp-tures, et une armoire contenant des pièces d’orfèvrerie de M. Musy. Il convient de relever aussi, sur cette armoire, deux grands anneaux de tiroirs de métal fondu, où se modèle une variante du même thème déco-ratif. La salle est encore rehaussée par un bel encadrement de porte dû au sculpteur Alevati ; c’est un bas-relief en bronze por-tant deux personnages allégoriques, séparés par un oiseau en plein vol. N’oublions pas de mentionner que la frise où s’espacent les triples couronnes de laurier est de M. Smeriglio, et que tous les meubles et boiseries ont été exécutés sous la direction de M. Capisano. En face de la porte à encadrement, et au-dessus de meuble contenant des pièces d’orfèvrerie, vient s’encastrer un vaste pan-neau de M. Grosso, encadré dans les mêmes boiseries vertes qui le raccordent à l’ordon-nance décorative de la pièce dont il fait étroitement partie. C’est une vue de la Piazza Castello, avec la façade du Palais Madame, qui reste un des monuments les ce de lui 6 FIND ART DOC