L’ART DÉCORATIF Cicca olo venue d’autres maîtres, — de Rodin, par exemple, puisque ce nom a été prononcé à propos des dernières oeuvres de Trentacoste. Je crois qu’il ne faut voir là que la prise de possession, de plus en plus forte, par l’ar-tiste de sa propre personna-lité. Les maiires italiens d’au-trefois nous présentent ce même dualisme de grâce volontiers un peu frêle et d’âpreté caractéristique. Nous voudrions chercher précisé-ment à situer le sculpteur Trentacoste dans la voie de ses maîtres authentiques, qui sont ceux de son pays, et montrer comment son individualité s’appa-rente à celle des vieux statuaires florentins qui ont considéré la vie humaine sous tous ses aspects. Et d’abord, il n’est pas inutile de faire sentir dans quelle atmosphère M. Trenta-coste travaille; de rappeler à ceux qui s’en sont déjà pénétrés, ou d’essayer de faire en-tendre par des mots à ceux qui ne l’ont point éprouvée par eux-mêmes cette mer-veilleuse vertu d’épanouissement qui s’em-pare de vous à Florence. Tout cet entourage de nature et d’art confondus, où l’on ne peut plus distinguer ce qui appartient à l’un ou à l’autre, se révèle avec une abondance aisée, une force d’expansion heureuse et sans effort, où la plénitude de beauté réali-sée nous plonge dans cet état de contem-plation qui répand en nous les plus parfaites jouissances, puisque les mystiques n’ont pu en imaginer de plus absolues pour le Paradis lui-même. En même temps, une telle puis-sance de beauté nous pousse au complet développement de nous-mêmes. La contem-plation ne reste pas extatique, elle devient agissante; entraîné à l’extrême dilatation de ses forces et de ses facultés, l’artiste se sent contraint de créer lui aussi de la beauté, dans l’enthousiasme d’un travail spontané, dans la joie de l’éclosion. tt Créer avec joie! tt s’écrie Effrena dans II Fîloco de Gabriele d’Annunzio. Ce doit être là le propre de l’artiste réellement fécond et fait pour pro-duire; c’est en tout cas le privilège de ceux qui vivent sous la domination de l’atmo-sphère florentine. Cette puissance et cette joie au travail, M. Trentacoste la possède ; et il l’enferme, ou plutôt la recueille dans cet atelier, au fond d’un lumineux jardin de lauriers-roses tua Projet de médaille