L’ART DECORATIF Ah ! les idées toutes faites, les formules élégantes aux gradations savantes ont subi de rudes atteintes! Il était admis, il n’y a pas encore bien longtemps, que la pure beauté était l’exclusif apanage d’Athènes et de Rome. C’était là un Credo et l’on se préoccupait peu de différencier l’art grec de l’art romain. Puis ça a été le tour de l’Italie à accaparer le monopole de la beauté. On s’est aperçu ensuite qu’il y avait un art flamand. Alors, amis des écoles du Nord et dévots des écoles méridionales se sont disputés, sans que l’histoire de l’art fit un pas, puisque les uns et les autres négli-geaient un élément intermédiaire, la France, point de fusion, mieux encore, filtre où se clarifiaient les théories du Nord et du Midi. Enfin, des vengeurs sont venus et d’excellents esprits pris d’enthousiasme, dé-sireux, eux aussi, de défendre des idées neuves, ont affirmé avec l’absolu que met-taient leurs devanciers à louer la Grèce, Rome et l’Italie, que la France avait été la grande école d’art qui avait rayonné sur le vieux monde du XII° au XVe siècle. Et du coup, sans transition, la peinture primitive française a pris une importance extrême. Giotto, Masaccio, Van Eyck, dont on can-nait les belles oeuvres, sont devenus de bien petits personnages à côté de tel peintre pri-mitif dont le nom et les oeuvres sont encore enveloppés d’un certain mystère ! Il y a là quelque exagération. Le goût fait parfois défaut aux érudits toujours tentés de juger les œuvres d’après les textes, contre l’évidence. Aussi allons-nous essayer de re-mettre les choses au point. La gloire artis-tique de la France n’y perdra rien. Nous admettons volontiers que du XIIe au XVit siècle la France fut un admirable centre artistique. Mais les artistes français ont été supérieurs seulement dans certaines branches d’art, l’architecture, la sculpture, la peinture des manuscrits, par exemple, mais là seulement. Dans ce pays de belles pierres où l’on construisit tant de cathédrales magni-fiques, il est évident que l’architecture et la statuaire ont fait de rapides progrès. Les sculptures de Chartres, de Notre-Dame de Paris, de Reims, d’Amiens sont incompa-68 rables. Il est naturel aussi que, grâce au goût délicat d’une race éminemment litté-raire, la décoration des manuscrits ait subi une puissante impulsion et que les minia-turistes français aient surpassé leurs con-frères d’autres pays. Mais il n’en alla pas de méme pour la peinture. Les raisons en sont multiples. Parmi elles, celle-ci nous semble péremptoire : au moment où l’art du peintre sort de la période de tâtonne-ments et se libère des entraves que lui im-posait la tradition, l’architecture de plus en plus audacieuse multiplie les baies, par suite diminue l’importance des parois à dé-corer. Autre chose, le seigneur français est essentiellement nomade. Il guerroie. Que ferait-il des grandes décorations stables qui se rencontrent dans les palais italiens ? Un tryptique de modestes dimensions pou-vant se placer sur un autel portatif, trouver place dans le coffre qui accompagne le guerrier dans ses expéditions, lui suffit. Tandis qu’il a besoin d’architectes, de sculp-teurs. Et, de fait, ceux-ci pullulent ; leurs œuvres atteignent à la perfection extrême. Par contre, en Flandre la pierre est rare. Les églises de Bruges, de Gand et autres lieux sont construites en briques. Peu ou point de sculpture. En revanche, il y a du bois, de solides panneaux de bois. Aussi les artistes de ce pays ne pouvant qu’exceptionnellement tailler la pierre, s’in-génient-ils à couvrir de belles couleurs les panneaux qui sont à leur disposition. Ils le font avec le méme amour que leurs con-frères d’Italie occupés, eux, à couvrir à fresque les parois des chapelles de leurs pays, des lourdes chapelles qui n’ont rien de la grâce, de la légèreté des églises de France. Et de fait, à cette exposition des Pri-mitifs français, il n’y a qu’un peintre sa-chant tirer et des ressources du modelé et de l’harmonie des couleurs des effets com-plets, saisissants. Ce peintre, c’est Jean Foucquet. — On ne saurait comprendre parmi les primitifs le Maitre de Moulins, contemporain de Léonard de Vinci, de Mantegna et des Van Eyck. Encore ceux-ci sont-ils le point de départ d’une école d’art. tandis que le Maitre de Moulins, Perréal et Bourdichon ne peuvent être considérés que comme des aboutissants. Après eux, force
Recent Comments