L’ART DÉCORATIF —-T.:7 _ Boutet a donc eu recours à des planches successives, chacune portant sa couleur; et une autre curiosité de tirage vient de l’ab-sence de points de repère, le repérage se faisant seulement au moyen des biseaux de la planche. Il en résulte naturellement une grande économie de temps pour l’impres-sion des planches, et par suite des condi-tions moins onéreuses, ce qui permet de divulguer davantage ce luxueux moyen de reproduction. Les planches sont fort intéressantes aussi par la science du métier de graveur qu’elles dénotent, et tous les procédés de l’aquafortiste s’y trouvent unis, afin d’obtenir des effets extrêmement variés. Ces eaux-fortes et ces dessins dans les pages, qu’entoure un texte fort pittoresque de M. Hippolyte Devillers, sont le résidu choisi d’une énorme liasse de croquis, rap-portés, il y a plusieurs années déjà, par Henri Boutet d’un voyage enthousiaste d’ar-tiste dans ce coin de Cancale, resté si intact encore dans ses types et ses moeurs. L’artiste a voulu laisser à ces pages tout leur accent, la rapidité du mouvement esquissé, la sa-veur de la recherche. Et ce n’est pas même sans quelque surprise que l’on voit le spiri-tuel iconographe des trottins de Paris au nez retroussé camper si fortement, avec une telle allure, avec un tel style, ces robustes femmes de la mer, le mollet ferme et tendu, avec une carrure et une démarche à demi masculine. Ce sont là morceaux d’un beau caractère.