L’ART DÉCORATIF acteurs ou hommes politiques, on rencontre bon nombre de véritables portraits. Ainsi, ceux de Delaunay, de Regnier dans Scapin ; de Got, prêt à se moucher; de Sardou ; de M. de Lacretelle, de dos avec les cheveux frisottant sur le crâne; de Chevreul, dont la tête est toute enveloppée de mèches folles et dont les yeux encore vifs apparaissent au-dessus des lunettes chevauchant sur le nez. Mais Renouard saisit non seulement la grimace caractéristique d’une profession, non seulement l’expression particulière d’un personnage; il surprend chez le même indi-vidu vingt expressions diverses. C’est par là surtout qu’il nous retient. Rien n’est com-parable à la suite de ses Gambetta, de ses Deschanel, de ses Labori. Et c’est là aussi que sa maîtrise s’affirme pleinement. Son dessin se libère; il n’est plus l’esclave de la forme, il la domine. La ressemblance du personnage est rendue en quelques traits caractéristiques merveilleusement indiqués, et en même temps que cette ressemblance, l’expression particulière et le geste qui sou-lignent la phrase de l’orateur ou de l’avocat. Mais quand Renouard est arrivé à ce ‘ 58 degré de verve, le cadre de son observation s’élargit : le visage et l’être humain ne lui suffisent plus; il s’attaque aux animaux et fixe leurs airs et leurs attitudes d’extra-ordinaire façon. Les mouvements les plus imprévus, les raccourcis les plus étonnants, les silhouettes les plus drôles, lui semblent familières. Ce sont des coqs qui se prennent de bec, des poussins autour de leur mère, des chèvres, des chats, des singes, des lapins d’un dessin invraisemblable et qu’on sent pourtant vrai. Cette faculté de traduire les attitudes les plus diverses, Renouard l’avait du reste déjà appliquée aux enfants, si comiques parfois, et à l’homme même, comme dans ses acrobates qui sont d’une incomparable cocasserie. C’est le moment aussi où Renouard sent que le crayon ou la plume et les pro-cédés ordinaires de reproduction deviennent insuffisants. Il veut, en évitant l’intervention d’un procédé mécanique, faire goûter toute la saveur de son oeuvre dans sa fraîcheur et sa netteté. Il se fait graveur. Mais non gra-veur de métier : sa gravure est essentielle-ment de la gravure de peintre. Et ce qui
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