I. COURFEIX Motif de passementerie façonné cette oeuvre importante est vraiment celui d’un grand artiste. « La Poignée», on le voit par ces quelques notes et surtout par les reproductions qui les accom-pagnent, présente à sa deuxième exposition un en-semble d’oeuvres très satisfaisan-tes, avec, çà et là, quatre ou cinq pièces de premier ordre. La diver-sité est ici, — chose curieuse, — comme le trait d’union qui relie tous ces tempéraments d’artistes différents, et quelquefois opposés. La liberté absolue, la confiance et l’estime réciproques, sont les seuls statuts du groupe. Les membres sont des amis, des camarades, — pour employer une expression courante, « ils se sentent les coudes » ; ils sont d’ac-cord, parce qu’ils n’exercent pas le même art, et nul doute que leur association, grâce à cette particularité, vieillira, résistera au temps, fera de fructueuse besogne. Et pourtant, cette constatation, plutôt agréable en surface, me semble un peu mélancolique si je vais au fond de ma pensée. L’association, ici, réussit et prospère pour cause de diversité. Ne semble-t-il pas que, ce faisant, elle s’éloigne un peu du principe de toute association, de l’union des idées, de leur concentration en faisceau harmonieux, en vue de partager un idéal unique et de combattre pour lui ? Ah, je ne songe pas, certes, à reprocher aux artisans de « la Poi-gnée » d’avoir adroitement escamoté les dis-cussions d’établi, la concurrence, les ques-tions de boutique. Je les en approuve, au contraire, puisque leur union peut favoriser l’éclosion de quelques talents bien doués. Mais je trouve leur exemple vraiment typique. Il me frappe, parce que ces dix hommes, qui ont senti entre eux assez de sympathie pour se réunir dans une exposition, demeu-rent malgré cela dix individualités nettement séparées, agissant et pensant séparément, évitant tout contact, toute concession de principes, toute fusion d’idéals, tout accord sur un code artistique déterminé, — évi-tant, en un mot, tout ce qui fait qu’avec des hommes on crée une époque, tout E. BELVILLE 54 Plaquette de cuir repoussé FIND ART DOC