CONSTANTIN MEUNIER il les traduisit plastiquement, telles qu’il les voyait, les interprétant seulement à travers son génie propre, enfin révélé et sûr de sa voie. Alors commence une période de labeur acharné, à Bru-xelles d’abord, dans son vaste atelier de la rue de la Consola-tion, puis à Lou-vain, où il a ac-cepté un poste de professeur de peinture pour s’assurer contre les nécessités matérielles et se donner tout en-tier à l’art hau-tain et impro-ductif qu’il con-çoit. Camille Lemonnier en des pages émi-nemment évoca-trices nous a dépeint cette vie austère et simple du bon ouvrier au milieu de la monotonie et du silence de la vie provinciale, pas-sant, très doux, avec sa grande barbe d’apôtre, attentif à toutes les formes du travail, à tous les aspects de la vie quotidienne. L’ceuvre de sculpture on il se passionne ne fait pas oublier à l’artiste son métier de peintre; tous les pro-cédés lui sont bons, l’huile, l’aquarelle, le fusain, le pastel, pour enregistrer les formes vivantes ou immobiles de ce monde du travail dont il a fait le sien. Paysages désolés, zébrés de fumées noirâtres, peuplés de charpentes en-chevêtrées et de hauts fourneaux flamboyants, figures robustes dans l’action, accablées et mornes dans le repos, d’hommes et de femmes, ouvriers du fer, du charbon et du feu, il note toute cette nature et cette humanité de misère et de peine avec une sûreté de vision admirable et aussi une sympathie 27 Maternité toute fraternelle. Mais toutes ces notations rapides ou ces esquisses plus poussées ne sont plus dès lors, on le sent bien, que la préparation de l’ceuvre essentielle dont la réalisation tourmente l’artiste devenu le pétrisseur d’humanité, le créateur de formes complètes; par les fragments grandioses, comme sa tête de Puddleur, par ses statuettes d’un style si ample et si ferme dans leurs FIND ART DOC