L’ART DÉCORATIF luge de jouets aussi éclatants qu’une cor-beille de fruits, il est agréable et nécessaire de méditer sur la nature des jouets: ils sont les premiers tableaux aux couleurs solides et rebondies, les premières statues aux formes fixes habillées de nuances qu’interrogent les yeux des enfants, pressés de comprendre, groupements fantaisistes et presque conven-tionnels de poupées humaines, contribua aussi à retenir nos peintres à l’école naïve du jouet. Les danseuses de Degas, au teint fardé de rose, aux expressions immobilisées et rosoyantes, aux petites poitrines de bois, aux tutus de gaze pailletée, ont une finesse, cependant fruste, de pou-pées imposée, croirait-on, à l’auteur par la psycho-logie de leur métier qui est d’amuser un public d’adultes par des évolu-tions de marionnettes aériennes. La grâce des visages de Renoir, qui vient du gonflement des joues en corolles, des yeux fixes grand’ouverts sous des fronts étroits ombragés de cheveux, est, à l’examen, celle méme des poupées aux visages incroyablement insufflés de rose, aux teints de porcelaine, aux corps de biscuit élégants dans le développement d’une tai lle sans corsets, aux mouve-ments rares et peu variés. Detellesorteque l’homme, même devant les femmes ou les fillettes de Renoir, se retrouve comme devant les poupées de l’enfance, fraîches comme des roses, les longs cils en attente; et il lui revient la grande envie de bercer. Paul Gau-guin, qui fit reconnaitre une nouvelle beauté sculp-turale du corps humain, l’avait apprise d’abord aux formes des idoles poly-nésiennes, en qui s’éternisa, à travers des postérités indolentes et oublieuses, une race jeune aux flancs droits, aux torses amples, au buste long, à la nuque dense. Et, à ce propos, ne peut-on se demander si les idoles ne furent point conçues selon un type de beauté pure, inaltérable, que la tradition légua religieusement aux générations pour que, for-cées de les contempler par la prière, elles fussent induites à conserver la vision du type P. GAUGUIN Fétiches (Photographie communiquée par la .’,mute Universe,/ e de causer et d’aimer. Ils forment la première religion des tendres générations humaines qui adorent passagèrement en eux ce que les ancêtres adorèrent durant des siècles sous la forme d’idoles et de fétiches. La grande révélation de l’art japonais, qui peignait avec exactitude l’humanité extrême-orientale quand l’on croyait à des t2
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