L’ART DECORATIF Chaque couleur a son effet moral, toutes sont une joie, hors le blanc et le noir ; le bleu a du calme et de la pureté, le rouge est magnifique et noble, le jaune est la lumière par excellence, le soleil fixé. L’ombre onctueuse des plumes atténue la sécheresse des arêtes et s’associe parfaitement à la soie. La répétition des verticales allonge le corps, celle des horizontales l’élargit, celle des taille et ses formes, le teint de son épiderme, ses cheveux, sa marche et ses gestes. Les couleurs s’associeront aux lignes, s’oppose-ront en d’habiles contacts, pour mettre en valeur les qualités et masquer les défauts. On graduera les complémentaires, le rouge et le vert, le bleu et l’orangé, le jaune et le violet, le blanc et le gris, avec harmonie sinon avec franchise. Bref, on associera un cadre un peu moins beau à un tableau admirable, on complétera cette beauté mouvante du corps féminin en considérant que la simplicité et l’unité en sont les éléments les plus habituels. „Un dessinateur d’étoffes qui veut com-poser le dessin d’une robe en employant la fleur devrait tout d’abord se préoccuper de la pro-portion moyenne de la femme, et ne pas choisir des motifs d’une dimension exagérée. Il ne devrait pas, non plus, traiter la fleur na-ture en trompe-l’œil ; mais, au contraire, l’ayant choisie à l’échelle humaine, la styliser et l’inter-préter de façons que son navre ‘éveille bien dans l’esprit l’idée de la fleur choisie, tout en se fon-dant comme trait et comme cou-leur dans un ensemble harmo-nieux qui ne vienne pas détruire les formes gracieuses de la per-sonne qui portera cette robe. » (Médits). M. Aynard a constaté jadis que le couturier et la couturière ajoutaient à la robe de soie le dé-cor approprié que le dessinateur ne savait plus lui donner, et qu’ils rempla-çaient par des effets de galons, de passe-menterie, de dentelles et de rubans, par toutes sortes d’ingénieuses manipulations, l’arabesque légère et toute la flore de fan-taisie que l’artiste était désormais impuissant à créer. Les fabricants copient fort habile-ment, mais servilement, d’anciens modèles, ou bien s’adressent trop souvent aux cabinets de dessin de Paris, qui ignorent le tissage. D’autres fois ils ne vont même pas si loin : une nouveauté faisait rage il y a quelques années, on l’appelait la pluie de diamants; elle était simplement produite par des gouttelettes d’une misérable matière, lancées LEBORGNE diagonales la déforme. Il faut prendre garde aux pans droits, tombants ou bouffants, comme aux parties naturellement plates ou rondes, aux attaches des membres et des différentes parties du costume, à leurs raccords et leurs solutions de continuité. La symétrie doit se subordonner aux côtés sem-blables et aux organes doubles, en un élé-gant équilibre. Exagérons les effets de ces théories pour les mieux comprendre. La femme étant une fervente de la soierie, le dessin de robe doit se concevoir à l’échelle de son être, avec les souplesses de sa moelleuse démarche. Son vêtement variera suivant sa corpulence, sa 78
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