FIND ART DOCK L’ART DÉCORATIF aise. Il a voulu aussi, dans les thèmes d’ornement, évoquer sans cesse le souvenir de Venise. Nous ne saurions trop louer l’artiste de cette intention, qui a assuré la réalisation d’ensembles ayant un caractère propre; nous le complimenterons de même de n’avoir pas voulu réaliser un « art nou-veau » dont l’indépendance passe les bornes de la raison, mais de s’être sans cesse rat-taché aux formes d’art traditionnelles, en recourant aux procédés de décoration qui ont fait la gloire de la Cité. Le vestibule où l’on pénètre d’abord a ses parois revêtues de reliefs en stuc blanc, d’un effet clair, accueillant et délicat. L’exé-cution de ces stucs a été confiée à MM. Roella. Les reliefs figurent des navires qui voguent, les voiles tendues, et de souples mouve-ments d’ondes venant finir en rubans, dans des encadrements de branches et de fruits. La Venise reine de l’Adriatique, aux belles voiles historiées, revit ici, et aussi la Venise ensoleillée et chaude, riche en fruits que l’on voit porter sur des barques pleines, en cargaisons parfumées. Le jour entre par un grand vitrail, où s’inscrit un vol de pigeons dans les nuages. La baie de la porte s’encadre d’un motif en bois ajouré, reprenant le thème des feuillages et des fruits, et les rameaux, légèrement sculptés, se retrouvent encore sur les meubles de bois blanc, chaises et bancs exécutés par la Maison Marco dal Tedesco, un peu raides et exigus peut-être; mais il s’agit ici d’une antichambre, où cette objection a moins de portée. Le Salon de réception est d’une nuance exquise et toute féminine; la plus grande part de collaboration y revient, comme on va le voir, à MM. Jesurum. En effet, la décoration murale est composée de panneaux de soie tendre, d’un ton bleuté, parsemés de poissons brodés, qui ont l’air de nager dans une eau transparente. Un canapé d’angle, entièrement recouvert de la même étoffe, a son dossier orné d’une frise de méduses également en broderie. Une note raffinée d’élégance et d’harmonie règne dans ce petit salon, en même temps qu’une intimité et un confort véritables : on sent que l’on pénètre non dans une installation provisoire, faite de pièces d’exposition, mais dans un appartement réel, aménagé pour l’agrément de ceux qui y doivent vivre. La décoration révèle un souci du détail accompli, où l’on dirait que le goût et la main des hôtes habituels ont passé. Des coussins, des rideaux de dentelle aux fenêtres, complètent ce caractère achevé de l’installation. Les thèmes d’aquarium, qui évoquent l’éternel enveloppement d’eaux qui étreint Venise, se retrouvent dans la composition d’un fragile lustre de verrerie, dû à la Com-pagnie Venise-Murano. Ce sont des entre-lacements d’algues verdâtres. Ces motifs de corps inconsistants, diaphanes, nageant eux-mêmes dans des masses fluides, s’accordent admirablement avec la matière translucide des verres colorés; les verriers vénitiens peuvent trouver leur plus sûre inspiration dans toutes ces dépouilles de la mer que les pêcheurs de la lagune ramènent dans leurs filets. De tout temps, d’ailleurs, il y a bien un rapport entre les formes des verreries de Venise et les coquilles, les rubans d’herbes aquatiques, les formes chimériques des êtres marins. La Compagnie Venise-Murano est peut-être, parmi les verreries vénitiennes, celle qui semble le plus se préoccuper de renou-veler les formes de sa fabrication. Elle cherche des modèles normaux et sobres, et ses souffleurs de verre se laissent aller moins que d’autres à la tentation des tours de force. des sucreries qu’ils échafaudent en anses ou en pieds de coupes, comme ces gourmandises fondantes que se plaisent à construire les confiseurs. L’an dernier, à propos de l’Exposition de Turin, j’avais exprimé le regret de voir un beau métier, une technique précieuse et rare comme celles des verriers de Venise, faite pour les formes exquises et pures, les effets de couleur raffinés, se dissiper dans des oeuvres sans goûts, qui exagèrent la souplesse et la fragilité de la matière. Ce n’étaient plus que dragons se recourbant en replis tortueux, vermicelles et pastilles, paillettes d’or et réseaux de dentelles. Et ces produits de bazar se trouvent malheu-reusement encouragés par les acheteurs. La fabrication continue parce qu’on est sûr de l’écouler, tout comme ces nègres porte-plateaux ou ces suisses en frac rouge qui déshonorent l’art vénitien. Or, sait-on quels sont les barbares qui se disputent tout ce clinquant? ce sont pour une très grande partie, paraît-il, les visiteurs français. Voilà o8
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