L’IVOIRE AU MUSÉE GALLIERA L’AGRRABLE surprise, que l’exposition du Musée Galliéra. Hier encore, combien étions-nous à savoir que des artistes de ce temps prenaient plaisir à sculpter l’ivoire ? Cependant cette production quasi ignorée est assez considérable et essentielle pour permettre une exposition immédiatement suivie et tétée. Bien peu, parmi ceux qui sont venus, un peu incrédules, regarder les travaux des ivoiriers se sont contentés d’une unique visite à Galliéra. Certaines œuvres sont assez délicates et savoureuses pour exiger et obtenir du curieux charmé, non un unique coup d’oeil, niais des revenez-y répétés. Certes, l’Ivoire, ou, si l’on veut, la sculpture chryséléphantine, a un noble passé. Mais en dehors des antiquaires et des quel-ques gens vivant, par goût oit par métier, dans l’antiquité classique, qui s’en souve-nait? Cependant, c’est dans l’ivoire qu’étaient figurées les plus belles images des dieux, et l’Égypte, la Phénicie, surtout la Grèce, aussi Rome, ont laissé des oeuvres d’une rare beauté. Le Moyen-Age et la Renaissance ap-précièrent non moins la douce, chaude et transparente matière qu’est l’ivoire. La preuve en est dans ces couvertures d’évangéliaires, ces châsses, ces dyptiques que conservent les bibliothèques et les musées et, surtout, dans ces statuettes qui figurent les plus suaves personnages, les plus touchantes scènes du Nouveau Testament. Cependant ces chefs-d’oeuvre devaient titre méconnus, considérés comme des curio-sités fossiles bonnes à placer clans une vi-trine, mais non destinées à servir d’exemple, à stimuler l’activité créatrice des artistes modernes. Et cela presque durant tout cet extraordinaire et contradictoire XIX » siècle, à la fois si grand et si plat. Quoi d’éton-nant dès lors que ceux qui faisaient métier d’artiste aient oublié la pratique de la sculp-ture en ivoire? Le bronze, le granit, le marbre, bien ! — Mais l’ivoire ! Autant gra-ver des écailles d’huîtres comme le sculpteur immortalisé par Paul Arène, dans son Jean des Figues, — un livre bien joli et un peu trop oublié. Cependant il était quelques sculpteurs qui s’entêtaient, des ouvriers pour qui la taille de l’ivoire était encore, toujours un métier. Moreau-Vauthier, durant la seconde moitié du XIX. siècle, a volontiers traduit BEYMOND -DE BROUTELLES 53 Portrait de leo D. B. ses oeuvres en ivoire. Il l’a fait avec science et goût; il a trouvé des disciples, des élèves