L’ART DÉCORATIF plus vibrant que celui-là dans tout ce qu’on a fait depuis cinquante ans en France. C’est de la peinture belle et sincère, sans une velléité d’escamotage, sans une atténuation adroite, qui semble faite d’herbe, de chair, de peau de bête et de soleil même, et où éclate une nature transportée par l’irrésis-tible désir du vrai qui a soulevé Manet à peuple : Manet venait de mourir deux ans auparavant, ses principes s’imposaient là d’où on l’avait excommunié, à un moment où ses amis subissaient encore le rigoureux ostracisme, où les jeunes hésitaient, où Besnard commençait à peine à trouver sa route. Un homme rude, décidé, imposant le silence par sa force indéniable, se levait des premiers, parmi les poncifs et les timides, pour annoncer les temps nou-veaux. Il poussait très loin le réalisme, sans affectation ridicule, non certes avec la sécheresse et la myopie d’un Meissonier dont l’idéal de vérité devait plus tard devenir la photographie in-stantanée, mais avec une passion pres-que naïve, sentant là le salut et l’an-tidote du faux classique, osant peindre le portrait du paysagiste Damoye, par-tant sac au dos pour la campagne, en plein hall de la gare du Nord, dans la cohue de la banlieue, ne pouvant travailler que devant l’absolue exacti-tude du détail sans pourtant se tenir quitte pour l’avoir copié, possédé, dans sa vie comme dans son art, de la han-tise constante de la vérité. La critique retrouvera dans cette conscience à cette date le plus noble témoignage d’une fermeté de caractère qui creusa sa trace profonde et qui a fait de M. Roll, non un chef d’école, puisqu’il se voulut seul, mais le plus significatif initiateur du réalisme moderne en dehors de la spécialisation impressionniste. Une telle nature devait arriver à l’observation concentrée des spectacles naturels, de l’idiosyncrasie des simples. L’étude des paysans et des ouvriers lui fut un troisième motif, étude ingrate, difficultueuse, peu décorative, malai-sément appréciable du public, faite pour tenter un artiste dédaigneux du succès de Salons parisiens. A ceux qui en connais-sent la piètre psychologie , l’étonnement restera toujours du contraste entre la for-tune brillante et rapide de M. Roll et l’insuccès où semblait le réduire le choix instinctif de ses sujets, la fière indépendance de ses idées et de sa technique. Dès t884, avec Marianne Offrey, commença cette im-portante série où l’artiste accordait délibé-rément, au scandale des virtuoses élégants, les honneurs de la cimaise et du portrait en Dessin deux reprises de sa vie, avec l’Olympia et l’Argenteuil. Il faut se représenter ce qu’étaient les Salons en 1885 pour apprécier pleinement ce que signifiait dans ces milieux une telle oeuvre. Envoyé en même temps, le vaste Travail, avec son harmonie grise, la tris-tesse de son ciel bruineux, l’activité disci-plinée et sérieuse de ses figures, la décora-tion toute réaliste de ses échafaudages, de ses lampes de chantier, précisait nettement, à côté de l’impressionniste dédaigneux des formules d’école, le résolu psychologue du 48