OCTOBRE 1901 raffiné, exquis, sera accueilli comme il convient. Pour voir et apprécier, les admirateurs auront tout le temps nécessaire. Il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit d’une monnaie qui doit dire clairement et d’une façon concise et subite sa signification. MM. Chaplain et Roty ont admirablement compris cela. Le talent grave, réfléchi de M. Chaplain a conçu pour l’avers un profil de République ro-buste qui sied bien à un régime déjà trente. naire, tandis qu’au revers un coq lance fière-ment son salut à l’aurore, symbole de lumière. C’est plus spécialement la grande semeuse d’idées qu’est la France que M. Roty a entendu glorifier : on sait avec quelle grandeur et quel charme. Sitôt que cette semeuse apparut, ce fut un enthousiasme indescriptible, presque un événement national — on ne saluait pas mieux la Beauté à Athènes. Chacun s’enquit d’un exemplaire de la mon-naie nouvelle; les femmes, en dépit de la loi qui défend de distraire le numéraire, voulurent ac-caparer la précieuse piécette : elle para des cols, sous forme de broche, et des poignets, sous forme de bracelet. Encore aujourd’hui, les col-lectionneurs se disputent les monnaies au millé-sime de 1897. Que sera-ce lorsque la Semeuse apparaîtra plus grande et visible sur les pièces de cinq francs? cette dimension favorisera son impor-tance statuaire, précisera sa signification de bonne déesse apportant au monde, avec les idées géné-reuses, la Paix et la Fraternité. Volontairement, ces deux maîtres ont simplifié à l’extrême la composition de leurs types monétaires. Ils n’ont pas perdu de vue le but de la monnaie qui est de passer de main en main, d’où nécessité de concevoir des symboles pouvant résister aussi longtemps que possible aux accidents qui activent l’usure du numéraire. Le regretté Daniel Dupuis, à qui furent confiées la com-position et la gravure des mon-naies de cuivre, — les plus exposées à une détérioration ra-pide, — oublia un peu ces sages précautions. S’il décora l’avers de ses monnaies d’une avenante effigie de République coquette-. ment parée de l’olivier, symbole de paix, il ne put résister au plaisir d’exécuter pour le revers une composition compliquée, décorative certes et élégante bien davantage encore, mais peu lisible et destinée à perdre son attrait après quelques mois de circulation. Daniel Dupuis avait tous les dons qui ren-dent facile et agréable le travail : d’une imagi-nation vive, spontanée, le symbole surgissait immédiatement en son esprit, et sa main habile n’avait dès lors qu’à suivre la conception de son cerveau. Aussi ses oeuvres, si nombreuses et diverses, se recommandent-elles par une va-riété, une spontanéité d’un charme extrême. Reprenant une expression appliquée au fécond Claude Monet, on peut dire de Daniel Dupuis qu’il modelait comme l’oiseau chante : natu-rellement. Médailles officielles, plaquettes religieuses, effigies de savants, portraits d’amis, fantaisies d’artistes se sont succédé pendant sa trop courte existence avec une rapidité qui tient du prodige. Et, ici comme là, c’est toujours une invention heureuse, une abondance de détail qui dénote une richesse d’imagination jamais en défaut. Qualité, certes, mais danger quelquefois, car on se prend à regretter pour telle oeuvre qu’il n’y ait pas eu plus de réflexion, d’effort, d’âpreté, bref, tous ces longs et laborieux tâton-nements, si émouvants chez M. Chaplain et qui L. PATEY 27 PORTRAIT DES PARENTS DE L’AUTEUR