L’ART DECORATIF Voici deux plats en cuivre repoussé et argenté. Deux très beaux plats; en faire l’éloge est superflu. Je laisse parler l’image. Observez comme le parti des grands nus, d’où les motifs se détachent si bien, laisse l’objet simple dans la richesse. Le dessin des motifs est si clair que tout s’y voit d’un seul coup d’oeil. Dans l’usage fait de la flore, rien de forcé, de fade non plus : le juste milieu entre la raideur anglaise et la sentimentalité lorraine. C’est là de véritable art décoratif, et du meilleur. Ces plats sont pour garnir le mur. Nous voilà loin de leurs congénères à prétentions moyen ageuses, dans lesquels quelque François Ier, à moins que ce ne soit un Coligny, égaie l’as-sistance des aimables souvenirs de son temps. Puis voici des ceintures; ceintures dans les verts, dans les bruns, dans les jaunes ; cein-tures en cuir gravé, teinté, patiné : il faut tous les verbes de la langue pour travailler le cuir, M. DUFRÉNE LAMPE (CUIVRE REPOUSSÉ) M DUFRENE BOITE A POUDRE (CUIVRE ARGENTÉ) à cette heure. Beaucoup de femmes aimeront mieux autre chose pour se serrer la taille : un ruban de belle soie cotelée, avec une jolie boucle d’argent, par exemple. Ce n’est pas moi qui leur donnerai tort. Le corps de la femme n’est pas une bonne place pour les expositions de peinture… ni même d’art appliqué. Y mar-quer les bons points, oui ; souligner quelques lignes, peut-être ; barioler les surfaces, non. Après cela, les clientes ne manquent pas aux confections tatouées de soutache des magasins de nouveautés… et c’est heureux, car s’il n’y avait que des femmes bien mises, celles-ci ne nous feraient pas tant de plaisir. Comme homme, les ceintures de M. Du-frêne me laissent froid. Comme critique, je trouve que l’artiste s’est fort bien tiré de sa commande, et tout le monde sera de cet avis. Morale du distinguo: Mesdames, admirez-les aux vitrines… achetez-les si le coeur vous en dit. Nous présentons ensuite une petite boite à timbres. Article en cuir aussi, gentillet. Ne tire pas à conséquence. Il en faut. Après, une boite à poudre, cuivre repoussé et argenté. Exquise, la boite à poudre. Un galbe trouvé, pur comme le grec. Celles qui s’offriront le bibelot ne se doutent pas du mal qu’il faut se donner pour découvrir un profil comme celui-là. Et la décoration, avec ses trois tiges montant droit, qui laissent le galbe intact, animé cependant par la guirlande sous le rebord ! Et le bouton de houppe, qu’on ne voit pas ici, un amour de bouton ! Un vrai joli objet. Dans la lampe qui vient ensuite, le galbe