OCTOBRE 1901 rouge et précieuse, qui réagit — sans être réac-tionnaire — à son heure, contre la turpitude niaise du café-concert et contre l’impitoyable amertume des cabarets à la mode: assez, n’est-ce pas? « de pseudo-Bruants et de sons-Yvettes »! Et plus de Chat-Noir, pour situer une Académie narquoise au pied de notre méconnaissable Acropole! Montmartre se transforme : il faut sauver la fantaisie parmi ces métamorphoses… Si l’on rajeunissait la tradition française, la tra-dition du Caveau ? Ni « berquinades », ni « ros-series » ; mais les petites élégies mutines et vibrantes d’un Garat modernisé, qui retrouve « la voix de l’âme » : cette voix si personnellement émue dans sa légèreté, notre Fantin-Latour n’a point hésité naguère à la transposer sur une de ses merveilleuses lithographies musicales; Ar-mand Silvestre et Maurice Boukay, libres chan-teurs, l’ont célébrée en la prose poétique de leurs préfaces; et Gustave Charpentier sut l’élever pres-tigieusement jusqu’à l’humaine épopée dans sa Louise! Une pareille voix ne serait-elle pas une des âmes de Paris aux mille âmes?… De là, tant de recueils de chansons honnêtes et subtiles, — Chansons du Quartier Latin, Chansons d’atelier, Chansons galantes, Chansons de page, Chan-sons de Montmartre, Chansons de femmes ! «Tout se renouvelle, dans le monde de l’es-tampe, y compris les vignettes de chansons de café-concert… Mais il ne faut pas s’y tromper : le genre naturaliste et amer n’est qu’une curio-sité d’art très travaillée à l’usage des blasés ou des curieux.. Tout est dans l’estampe, avons-nous dit plusieurs fois. Répétons-le encore. Nous avons pu voir le romantisme ressusciter devant nous, rien qu’avec les titres de musique de Célestin Nanteuil. De même, il suffira plus tard des titres de Steinlen pour faire apparaître le naturalisme… » Ainsi parlait, en 1892, M. Henri Beraldi, dans le tome dernier de ses Graveurs du XIX’ siècle. Et, pour mettre au point cette « politique intérieure » de la gravure aboutissant aux victoires variées de l’estampe originale à la fin d’un siècle, le connaisseur aurait à constater désormais, entre autres exemples frappants, cette libre évolution de Steinlen, illustrateur de Delmet. Comment le dessinateur a-t-il entendu la voix de son modèle et compris son âme? Comment pouvait-il, avec ses dons très spéciaux, les figurer sur la planche et les traduire aux yeux? Est-ce un chapitre absolument inédit et tout à fait différent du passé qu’il faut cataloguer dans son œuvre? Il serait, je gage, très amusant et non moins suggestif de comparer les divers recueils de chansons, de suivre les métamorphoses de l’ins-piration musicale de Paul Delmet, non seulement à travers les quartiers ou les mondes qu’il lui plaît d’effleurer, mais dans les interprétations si divergentes que rend le dessin, selon le tour particulier du dessinateur. Pour nous borner à l’exemple le plus vif, ouvrons les Chansons de page, de Lucien Métivet, à côté des Chansons de femmes ou des Chansons de Montmartre, de Steinlen; mettons la Chanson frêle, la Chanson à boire ou les Fanfreluches du premier, non loin des mêmes morceaux illustrés si différemment par le second : comme le gentil page apparaît encore plus fluettement préraphaélite et moyen-âgeux, auprès du moderne observateur qui sonde le mystère palpitant de l’ombre et du home! Toutes choses inégales d’ailleurs, n’avez-vous pas éprouvé pareille émotion d’un change-ment à vue, chaque fois que vous quittez Ga-varni pour Daumier, les lorettes de l’un pour les spectres de l’autre, ou le rêve paisible de Grasset pour le rêve exultant de Chéret, « ce 3 STEINLEN (Énoch & Ci° éd.) LES Ln,VRES Il
Recent Comments